Une reconversion professionnelle dans l’économie sociale et solidaire

l'économie sociale et solidaire, une mine d'oportunités pour les candidats à la reconversion

 

J’ai eu le grand plaisir d’être invitée par l’Apec à une conférence sur les opportunités d’emploi dans l’Economie sociale et solidaire. L’occasion d’explorer ce secteur mal connu et qui regorge pourtant d’opportunités pour les cadres en recherche d’une reconversion et dont la quête de sens passe par le bien commun, l’intérêt général. Partons explorer ce secteur complexe et passionnant.
l'économie sociale et solidaire, une mine d'oportunités pour les candidats à la reconversion

 

Voyage dans un autre monde professionnel

Peut-être qu’on s’arrête un peu trop à l’adjectif « social » lorsqu’on parle d’Economie sociale et solidaire et que dès lors on y voit surtout de l’action sociale. Pourtant, l’ESS offre un vaste champ de possibilités peu explorées peut-être en raison des très vastes disparités de ce secteur. Pour de nombreux candidats à la reconversion professionnelle en quête de sens, l’ESS propose des débouchés inscrits dans un état d’esprit  différent des entreprises classiques et porteurs de deux nivaux de sens : la volonté de garder les personnes au cœur du système et une finalité d’entreprise au service de l’intérêt général. Allons à la rencontre d’un secteur finalement assez mal connu.

Et sur lequel j’ai pu en apprendre beaucoup lors de cette conférence sur les opportunités d’emploi dans l’ESS, organisée par Marijo Batlle dans le cadre du Salon Apec de Paris, le 25 novembre, dans laquelle sont intervenus

– Martine Pinville, Secrétaire d’état chargée du commerce, de l’artisanat et de l’ESS
– Jean-Marie Marx, Directeur général de l’Apec,
– Jean-Louis Cabrespines, Président du CNCRES,
– Hugues Sibille, Président de l’Avise,
– Pierre Liret Directeur de la formation à la CGSCOP
– Sébastien Darrigand, Délégué général de l’UDES

qui ont présenté les opportunités d’emploi, de création et de reprise d’entreprise, dans l’Economie sociale et solidaire.

Le billet qui suit est un survol de l’ESS, qui présente ce que j’en ai appris et compris au travers de cette conférence et de quelques excursions dans ce vaste territoire aux multiples facettes. Il ne prétend pas en donner un panorama exhaustif, il a pour simple objectif de donner envie à ceux qui veulent relancer leur carrière en y ajoutant du sens et les valeurs qui les animent d’élargie leur champ en allant regarder du côté d’entreprises qui travaillent autrement.

 

Comprendre l’Economie sociale est solidaire

Avant tout, c’est un secteur très disparate parce qu’il ne regroupe pas des entreprises travaillant dans un même domaine, mais des entreprises partageant certaines valeurs et un fonctionnement spécifique, ce qui le rend parfois compliqué à cerner. A la fois projet politique et alternative entrepreneuriale, l’ESS a un rôle à jouer dans “l’émergence de solutions à la triple crise économique, écologique et démocratique à laquelle nous sommes confrontés. Une société plus soucieuse de réduire ses consommations matérielles et de privilégier le bien-être de ses membres donnerait plus de place aux services aux personnes, aux dynamiques territoriales, aux circuits courts, aux énergies renouvelables, au recyclage généralisé et à l’emploi pour tous. Autant d’activités dans lesquelles l’ESS a fait oeuvre de pionnier.” explique cet article d’Alternatives économiques.

Développée depuis le XIXème siècle, l’ESS est un mode d’entreprendre dont le but est autre que le seul partage des bénéfices. L’objectif de l’entreprise s’inscrit dans l’intérêt général et la majorité des bénéfices sont réinvestis dans cette mission. Les valeurs de l’ESS sont résumées ainsi par le CNCRES:

 – Les hommes et les femmes sont au cœur de l’économie et en constitue la finalité : la personne et l’objet social priment sur le capital.
 – L’adhésion aux projets et aux structures est ouverte et volontaire.
 – La gestion est démocratique : élection des dirigeants, une personne une voix (et non une action une voix), mise en place d’instances collectives de décision.
 – La lucrativité est limitée : constitution de fonds propres impartageables, la majeure partie des excédents est non redistribuable.
 – Les principes de solidarité et de responsabilité guident la mise en place des actions.

En d’autres termes, l’Economie sociale et solidaire regroupe des entreprises qui ne sont pas inscrites dans une logique de marché et de capitalisme débridé mais où les personnes priment sur le capital, ce qui se traduit par des structures juridiques spécifiques et des objectifs d’entreprise qui reposent sur des principes d’utilité sociale et de solidarité.

L’APCE précise qu’une entreprise relevant de l’ESS a objet social ayant une utilité sociale, correspondant à l’un au moins des 3 objectifs suivants :
 –  le soutien aux personnes fragiles (leurs salariés, usagers, clients, etc.) du fait de leur situation économique ou sociale, ou personnelle.
 –  la contribution à la lutte contre les exclusions et les inégalités, à l’éducation à la citoyenneté, à la préservation et au développement du lien social ou au maintien et au renforcement de la cohésion territoriale.
 –  le concours au développement durable, à la transition énergétique ou à la solidarité internationale, sous réserve que l’activité de la société soit liée à l’un des 2 objectifs mentionnés ci-dessus.

L’économie sociale et solidaire regroupe les mutuelles, les associations, les coopératives, les fondations, les sociétés commerciales à but social et, depuis la loi du 31 juillet 2014, les entreprises sociales.  Ces entreprises se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux. L’ESS représente 10% du PIB et 12,7% des emplois privés, soit 200 000 entreprises et 2,4 millions d’actifs.

savoir demander de l'aide est une compétence relationnelle révélatrice de courage et de force de caractère

 

L’ESS : l’esprit d’entreprise au service de l’intérêt collectif

On pourrait voir dans l’ESS des initiatives gentillettes mais très éloignées des « réalités des enjeux des entreprises ». On pourrait y voir des TPE pleines de bonnes intentions mais sans grand avenir, végétant dans des secteurs d’activités pas trop compliqués et survivant forcément grâce aux subventions et aux fonds publics. Mais c’est là une vision figée de l’entreprise, ancrée dans un modèle passéiste et la seule logique de profit financier. D’ailleurs, comme m’a confié Sébastien Darrigrand, Délégué général de l’UDES (sorte de MEDEF de l’ESS), lors de cette conférence: « peu d’entrepreneurs ont conscience qu’il y a d’autres logiques entrepreneuriales que celle du bénéfice financier d’une part, et que l’ESS est une dynamique d’entreprise à part entière, seule sa vocation ultime diffère. »

Ne prenons donc pas des lanternes pour des vessies, on trouve au coeur de l’ESS des projets entrepreneuriaux qui réussissent à conjuguer intérêt collectif et activité économique. BSI economics estime même qu’elle “s’affirme comme un modèle économique alternatif avec des objectifs propres, des spécificités, et un rôle dans les rapports socio-économiques structurant la société.”

C’est donc un secteur de choix pour tous ceux qui en ont ras la casquette d’œuvrer pour remplir les poches des actionnaires et/ou qui veulent évoluer au sein d’entreprises qui s’inscrivent dans un secteur d’activité qui a du sens.

Même si l’ESS comporte une large majorité de TPE/PME, elle regroupe aussi de nombreuses entreprises qui proposent des projets innovants, à la pointe de la technologie, des entreprises pérennes et fortement génératrices d’emploi. Quelques exemples :

  • Scopelec : La deuxième scop de France avec 2500 employés (qui détiennent 75% du capital) et 250 emplois créés depuis 2013 dans le domaine des télécommunications et de l’énergie, spécialiste de la fibre optique.

reconversion ESS scopelec

  • Groupe UP – Chèque déjeuner, au 3ème rang mondial des tires de services, l’entreprise appartient à 100% à ses 2130 salariés répartis entre 51 sociétés implantées dans une quinzaine de pays. Les salariés sociétaires élisent leur conseil d’administration, président et décident collectivement des orientations stratégiques du groupe. En 2010, Chèque Déjeuner a dégagé un résultat net de 20 millions d’euros, dont 45% leur ont été reversé à part égale.
  • Acome Créée en 1932, cette entreprise spécialisée dans les solutions de câblage pour la  transmission de l’information, de l’énergie et des fluides, et est le deuxième fabricant européen de fibre optique Elle appartient à 100% à ses 1 400 employés et réalise 59 % de son chiffre d’affaires à l’international.
  • MAIF: créée en 1934 par un groupe d’instituteurs dans un esprit solidaire, avec ses 6000 employés et ses bénéfices avoisinant les 200 millions d’Euros en 2015, la Maif pourrait en raconter à bien des entreprises du privé;)

A prendre en compte aussi, les entreprises de plus petite taille mais porteuses de projets inovants, originaux, débordant de sens, qui se multiplient et peuvent donner des idées de création d’activité comme Mozaik RH, Enercoop, la Conciergerie solidaire etc. Voici 50 “entreprises qui ont de l’audace” sélectionnées lors du mois de l’ESS au titre des plus belles initiatives de l’Economie sociale et solidaire, et qui vous donneront un aperçu du vaste panorama de ce secteur très varié:

Télécharger (PDF, 4.01MB)

 

Les limites de l’ESS

Bien entendu, l’ESS n’est pas une oasis bleue des mers du sud dans un océan d’iniquité managériale. Elle a elle aussi ses limites et ses dérives et a fait l’objet de critiques pour des raisons idéologiques, politiques ou autres, et certaines de ces critiques sont très intéressantes. Alternatives économiques se fait régulièrement le relais à la fois du potentiel et des points forts de l’ESS que de ses limites, sans parti pris ni dogmatisme, comme le montre quelques ressources ci-dessous A consulter donc, pour se faire une idée.

L’économie sociale et solidaire, un modèle? Entre innovation utile et risque de dérive autocratique : “ces structures ne prennent pas toujours en compte, elles non plus, les intérêts de l’ensemble des parties prenantes. De plus, de la théorie à la pratique, le chemin est parfois tortueux et l’ESS doit aussi faire un sérieux travail sur elle-même pour devenir exemplaire en matière de démocratie.”

L’économie sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques “Les livres de réflexion critique sur l’économie sociale et solidaire (ESS) sont rares. Celui-ci est convaincant quand il décrit les conditions de travail souvent difficiles dans le monde associatif, les procédures démocratiques purement formelles ou la tutelle de l’Etat sur des associations transformées en armée de réserve du service public. […] les auteurs tombent souvent dans le piège homogénéisant qu’ils dénoncent, quand ils critiquent l’ESS d’un bloc, regroupant aussi bien les mutuelles et le Crédit agricole que les Amap ou Emmaüs. De même, ils s’en prennent à “la” responsabilité sociale des entreprises (RSE), alors que la RSE regroupe des initiatives extrêmement diverses, émanant de multinationales comme d’associations militantes. Bref, désacraliser l’ESS est salutaire pour l’analyse, mais pas au point de faire l’impasse sur toutes les innovations sociales portées par ce secteur.”

 

En savoir plus

Pour aller explorer plus avant ce secteur fascinant par sa diversité et ses pratiques, voici quelques ressources complémentaires.

– Le panorama 2015 de l’ESS

Télécharger (PDF, 1.92MB)

 – Le Conseil national des chambres régionales de l’économie sociale : CNCRES
 – Le Portail du développement de l’économie sociale et solidaireAvise
 – La Confédération générale des sociétés coopératives et participativesCGSCOP
 – Le Centre de ressources régional de l’économie sociale et solidaireL’Atelier

Il existe de très nombreuses ressources et sources d’information sur l’ESS, en voici quelques unes en complément

Say yess  : joli media qui s’adresse aux jeunes intéressés par l’ESS, mais qui plaira aux routiers de l’Internet et aux amateurs de sites dynamiques et actuels.
 – Le Labo de l’ESS : un think tank “destiné à faire (re)connaître une économie plus respectueuse de l’Homme et de son environnement à travers échanges, réflexions et action”
ESS France : le site de la Chambre française de l’Economie sociale et solidaire. Plus austère, mais une mine d’information
– EnSSemble : un joli site qui cherche à pallier à la difficulté de ‘trouver, sur Internet, une information globale, structurée et opérationnelle.” et vise à faciliter l’accès à ce secteur.
 – Socioeco : est un site ressources ultra riche qui rassemble études de cas, analyses, entretiens etc. soient plus de 7000 documents (y compris vidéos) regroupés en 10 thématiques. Une mine!

Si vous connaissez d’autres sites qui méritent d’être mentionnés, ajoutez-les en commentaires;)

 

Afin de compléter l’exploration des possibilités de reconversion dans l’économie sociale et solidaire, nous parlerons dans d’autres billets de comment et pourquoi les cadres se reconvertissent dans l’ESS, des opportunités d’emploi et de création d’entreprise dans ce secteur, et nous irons rencontrer Karen Demaison, que vous connaissez sans doute déjà pour son excellent blog Vers une articulation des temps de vie qui nous parlera de la vie professionnelle dans une Scic (société coopérative d’intérêt collectif).

 

Voir aussi

Ithaque 1er influenceur français sur la reconversion professionnelle

Reconversion professionnelle: explorer secteurs d’activité et métiers
Reconversion: Sylvaine Pascual sur RTL
Comment identifier une voie de reconversion: l’épineuse question
Doute, réflexion, expérimentation, une triplette pour réussir sa reconversion!

 

Aller plus loin

Vous voulez explorer votre désir de reconversion et élaborer un projet professionnel réjouissant, en harmonie avec vos désirs, vos appétences? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual

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