Prise de décision: le paradoxe d'Abilène (1)

Sylvaine Pascual – Publié dans: Compétences relationnelles, Objectifs, décisions et solutions

 

 

Abilène. Cette petite ville texane évoque davantage l’Ouest de Wild Bill Hickock, des convois de bétail et des règlements de comptes entre cowboys virils que les compétences relationnelles et la prise de décision. Pourtant, Abilène, c’est aussi un paradoxe lié aux relations et  à la communication: quand plusieurs personnes prennent une décision d’un commun accord alors qu’aucune ne la trouve appropriée. Et qu’ils ont tous raison!

 

 

Comment nous prenons des décisions communes que tout le monde trouve mauvaises!

 

 

 

L’art des décisions paradoxales

 

Les mécanismes et les conséquences du paradoxe d’Abilène ont été décrits par Jerry B. Harvey dans The Abilene Paradox and Other Meditations on Management.

 

Le paradoxe d’Abilène détaille la façon dont nous nous y prenons pour se mettre d’accord collégialement sur des décisions que tout le monde pense absurdes et motivées essentiellement par la volonté de ne par rompre l’équilibre du groupe (signifiant au passage que le groupe est plus important que ce qu’il vit). Ces décisions se retrouvent dans tous les domaines de nos vies personnelles et professionnelles:

 

  • La réunion de famille dont personne n’avait besoin juste avant les fêtes de fin d’année
  • Le resto choisi entre amis dans lequel personne ne voulait déjeuner.
  • La stratégie adoptée à l’unanimité face à une problématique professionnelle et que chacun considère comme insatisfaisante.

A tout moment nous pouvons nous retrouver coincés sur la route d’Abilène alors que nous pensions avoir gentiment pris un aller simple pour Bora-Bora, histoire de faire plaisir à Mémé Huguette qui prétend adorer se faire dorer les gambettes sur la plage juste parce qu’elle croit nous faire plaisir en disant ça.

 

 

 

Autopsie d’une mauvaise décision: en route pour Abilène

 


Prenez un famille. Les parents, reçoivent leur fille et son mari, qui viennent rarement leur rendre visite. C’est l’été et la chaleur étouffante plonge leur bled paumé du Texas dans une torpeur moite.:.

 

Le père, craignant que le jeune couple s’ennuie, propose d’aller dîner en ville, à Abilène, située à environ 80 km de là. Il se verrait bien rester tranquillement à jouer aux dominos, mais faire plaisir à sa fille lui paraît important. La jeune femme s’enthousiasme, pour ne pas gâcher le plaisir de son père, et elle demande à son mari ce qu’il en pense. Pour ne pas se retrouver en décalage avec les désirs des autres, celui-ci accepte, tout en demandant si sa belle-mère est d’accord. Celle-ci, qui n’a pourtant aucune envie de se coltiner un trajet interminable dans la vieille guimbarde sans clim, hoche du chef: bien entendu, elle a envie d’y aller. L’expédition est évidemment un désastre dont chacun reviendra frusté et de mauvaise humeur rejetant la faute de ce fiasco sur les autres.

 

Jerry B. Harvey en propose une seconde version, dans laquelle une société entreprend de transformer du l’huile de cacahuète  en carburant. L’exemple familial a l’avantage de parler à chacun d’entre nous, cependant ses conséquences sont limitées. Le second exemple montre que les répercussions potentiellement désastreuses de ce type de situation, s’étendent à un groupe bien plus vaste que les personnes directement concernées.

 

 

 

Pour résumer:

  • Chacun a conscience de la situation et/ou du problème à résoudre.
  • Chacun évite d’exprimer réellement ses opinions par conformisme, par peur d’être rejeté.
  • La décision prise d’un commun accord va à l’encontre de ce que chacun pense.
  • Chacun repart frustré et en colère contre les autres autant que contre lui-même.

 

 

Tous les chemins décisionnels mènent potentiellement à Abilène

 

Bien connu des sociétés de formation et fréquemment utilisé dans le coaching d’équipe et la formation au management, ce paradoxe gagnerait à être repérable par tout un chacun, de façon à éviter non seulement les mauvaises décisions qui en découlent, mais aussi les frustrations, rancœurs et conflits latents qu’il peut générer.

 

Car l’idée sous-jacente, c’est qu’une partie des difficultés relationnelles que nous pouvons rencontrer ne naît pas de conflits pré-existants que nous ne parvenons pas à gérer, mais à l’inverse qu’elles sont le fruit de notre façon de nous mettre d’accord avec nos proches, amis et collègues.

Et pour éviter que la prise de décision se termine en route d’Abilène, aller simple pour le règlement de comptes, autant créer les conditions favorables à une prise de décision plus profitable, à découvrir dans la suite de l’article.

 

 

Et vous, vous êtes-vous déjà retrouvé(e) en plein paradoxe d’Abilène?

 

 

Voir aussi :

 

Prise de décision: se méfier des amis qui vous veulent du bien

Prise de décision: la peur et l’imagination

L’égo, frein majeur à l’intelligence collaborative

Idées, perception et réalité (2): l’art de réagir quand nos idées sont rejetées

10 bonnes raisons de se moquer du regard des autres

 

 

 

 

 

 

Aller plus loin

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11 Comments

  • Luc dit :

    Je le connaissais sous la forme d’une balade en forêt alors que chaque participant aurait préféré une petite sieste tranquille.

    Mais il est sympa comme ça aussi, ça met un peu d’exotisme dans le monde des décisions foireuses !

  • philippe dit :

    Et bien ç ne m’est jamais arrivé, mais en toute chose, il y a un prix à payer et ici on parle de quoi, de liberté et en ce monde, la liberté a un prix, liberté de choix, de parole, même dans une situation contraignante, j’ai toujours payé mais je n’ai rien à regretter, ce paradoxe m’a effleuré certainement mais ne m’a jamais dérouté.

    Bises darling 

  • fredheas dit :

    J’ai encore appris quelque chose avec toi @Sylvaine avec le paradoxe d’Abilène!
    Effectivement on le retrouve dans de nombreuses situations… alors désormais communiquons et cherchons à éviter les malentendus avec ce type de paradoxe!
    Belle fin de journée à toi! 😉

  • MADmoiselle dit :

    Mmmh, oui, je crois qu’au boulot (encore !) je suis en plein dedans… Mais c’est parce que la soeur du patron n’y connaît rien et que nous, on veut pas (on a la flemme) de la contredire, parce que de toute açon, on sait que ça changera encore d’avis quelques jours plus tard… :p

  • Partick dit :

    En lisant cet article, je me suis effectivement retrouvé plusieurs fois dans ce modèle, au boulot et aussi dans ma vie privée. Seuelement je ne sais pas si tous les autres pensaient aussi que c’était une mauvaise idée. Plusieurs, c’est sûr, mais tous je ne sais pas.
    C’est une situation très frustrante et énervante, parce que pour plein de raisons, on n’ose pas dire ce qu’on pense vraiment et on se retrouve contraint d’accepter un truc qui ne nous plait pas. Le consensus mou, en fait.

  • Patrick dit :

    @Luc: je pense que l’exemple de la balade en forêt est bien moins parlant parce qu’une balade en forêt à la place d’une sieste n’a pas tellement de conséquences négatives, à moins de rencontrer des trolls en cours de route.

  • annie dit :

    Je me suis récement retrouvée dans une situation où,nous avons réitéré un appéritif parcequ’un des invité était en vacances à l’époque du premier.Je trouvais la date trop rapprochée par rapport à  la première,mais tout le monde a confirmé pour ce jour.Or que se passa-t-il?La personne concernée malgrès les divers rappels a fini par oublié et donc pris des invitations chez elle en privé,elle est venue quand même mais ne pouvait se rendre à la sortie resto organisée après,quatre autres  protagonistes esont pas venus.Moi j’avais déjà posé les jalons en disant que je venais pour l’apéro mais que je n’irai pas au resto ensuite,et je m’y suis tenue.Ce qui fait que devant ce semi-désastre je me suis sentie quand même moins flouée!!!!Donc je suis sur la bonne voie finalement en exprimant mes envies ou bien mes limites.

  • J’aime bien ce paradoxe. Tellement vrai. Merci pour cet article.

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