Elegance relationnelle : quand les enfants nous enseignent le pouvoir de la simplicité

Elégance relationnelle: le pouvoir de la simplicité

Où je vous partage avec joie une vidéo merveilleuse dans laquelle les enfants nous démontrent avec une simplicité désarmante que ce qui nous connecte aux autres, ce qui crée un lien immédiat, chaleureux et nourrissant, même avec des inconnus, c’est justement… la simplicité.

Elégance relationnelle: le pouvoir de la simplicité

 

Montagnards et dragons

Un de mes souvenirs les plus émus remonte à l’époque où, avec mon frère et deux amis, nous avons traversé les Pyrénées par la HRP. Un soir que nous étions dans un refuge ariégeois situé au pied de pistes de ski, donc très accessible, nous étions les seuls équipés pour ce genre de randonnée au long court. Au dîner, un garçon de 9 ou 10 ans est venu spontanément à notre table et nous a chanté « halte là, les montagnards sont là » avec un sourire jusqu’aux oreilles. Nous avons chanté avec lui, nous l’avons applaudi, nous avons papoté avec lui puis avec ses parents qui nous ont expliqué qu’il n’avait pas parlé jusqu’à l’âge de 7 ans.

C’est à cet instant merveilleux, qui reste imprimé dans ma mémoire comme l’un des souvenirs les plus forts de cette traversée (qui en a pourtant eu beaucoup) que j’ai pensé en voyant le vidéo de Be More Us que je vous partage ici pour évoquer le socle de l’élégance relationnelle dont les enfants sont experts incontestés: la simplicité.

Car quand nous laissons nos dragons intérieurs se regarder et se parler avec simplicité, ils ont l’art de sympathiser.

 

Plus de “nous”: plus de simplicité, plus de relation

Le site anglais Be More Us de l’organisation The Campaign to End Loneliness a enquêté sur la solitude, les relations, le sentiment d’appartenance et les conclusions sinistres font dresser le poil pourtant épars sur mon échine en voie de seniorisation (mais mes neurones vont, bien, je vous remercie de me poser la question).

– Plus d’1/2 million d’Anglais âgés peuvent passer jusqu’à une semaine entière sans voir personne.
– Plus de la moitié de la population anglaise déclare que la dernière fois qu’elle s’est fait de nouveaux amis ou connaissance, c’était il y a un bail.
– 49% déclarent être trop occupés par le boulot ou les obligations pour avoir le temps de rencontrer des gens.

Or, attention à la platitude interplanétaire de midi moins le quart : bons animaux sociaux que nous sommes, nous avons besoin de contact, d’affection, de partage, de papote, d’être ensemble, bref, de liens.

Le site Be More Us a donc décidé de s’intéresser à ce qui tisse des liens entre nous, humains sensibles et vulnérables qui avons besoin de donner et de recevoir.  Pour ne pas faire les choses à moitié, ils ont envoyé les experts de l’affaire : les gosses. Parce que souvenez-vous, quand nous étions mômes, se faire des amis était un jeu d’enfant. Disons-le, pour la plupart d’entre nous relationnellement, c’était le bon temps. On nous posait sur la plage et hop ! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous allions jouer avec les marmots du parasol d’à côté et à la fin de l’été, on ne pouvait plus se quitter.

Ils ont donc envoyé des enfants parler à des adultes et des personnes âgées assis seuls à boire un thé ou un café. Ce qui a donné cette vidéo merveilleuse où l’on rit et s’émeut de voir enfants et adultes s’animer dans des conversations drôles, touchantes, parfois étonnantes, mais dont il ressort un élément flagrant: la simplicité dont ces enfants font preuve est la source de la connexion immédiate entre eux et les les personnes à qui ils sont allés parler:

 

Et de son enquête Be More Us a tiré une conclusion intéressante : les micro-liens générés par les moments, même courts, d’interaction avec un autre être humains ont un impact majeur sur le sentiment d’appartenance 88% des . Be More Us en a tiré aussi sa raison d’être, promouvoir, savourer, célébrer les instants de « connexion », les moments ou plusieurs « je » deviennent « nous », pour une seconde ou pour l’éternité. Vous pensez bien, lecteurs fidèles, que l’affaire m’a plu. Car ce sont des vitamines mentales formidables, celles qui sont d’ordre relationnel !

Nous avions déjà évoqué les vertus des micro-conversations avec des inconnus et la manière de s’y prendre:

Converser avec des inconnus, bon pour nos besoins affectifs et pour l'estime de soi

Et je suis prête à parier une retraite silencieuse dans un couvent contre une case à palabres que cette vidéo a convaincu les plus circonspects d’essayer d’engager la conversation avec des inconnus. Be More Us nous invite à faire un peu plus, car chaque interaction – y compris avec ceux que nous connaissons – est une opportunité d’inventer, de d’alimenter, de perpétuer un lien invisible, parfois ténu, mais qui nourrit chacun des interlocuteurs d’une douceur roborative : celle du sentiment d’existence, de reconnaissance et d’appartenance qui sont tellement indispensable à notre équilibre psychique et au sentiment de bien-être. Rappelons-nous toujours que le bonheur, c’est les autres et la qualité des relations que nous entretenons avec eux !

les relations sociales réjouissantes garantissent le sentiment d'être heureux

 

4 leçons de simplicité que les enfants nous enseignent

Les mômes ont un avantage majeur sur nous : ils sont nature par nature. Et c’est tellement rafraîchissant de les voir sourire, parler, nouer des liens avec une facilité déconcertante. Et même lorsqu’ils sont plus timides, ils se laissent apprivoiser par ceux qui viennent leur parler. Leur secret, c’est justement ça: ils parlent. Ils posent des questions et s’intéressent au point de vue ou à la vie de l’autre. En toute simplicité.

 

Parler aux inconnus

Tout le monde a quelque chose à dire, à raconter. Il n’y a pas besoin que ce soit intelligent ou « intéressant ». Il suffit que ça vous intéresse vous ! C’est l’un des secrets des enfants, ils ne vont pas se mettre la rate au court-bouillon pour savoir si la question qu’ils ont envie de poser ou ce qu’ils ont envie de vous dire est avantageusement situé sur l’échelle universelle de l’intérêt (qui, vous l’avez compris, n’existe que dans les cafetières adultes qui, à force de porter des idées reçues à ébullition, s’en sont tapissé les parois de la réflexion). Les enfants donc ne vont pas s’embarrasser de savoir comment vous allez évaluer l’intérêt de ce qu’ils ont à dire, ils vont vous le dire. En toute simplicité.

Comme ce petit garçon qui demande « pourquoi tu portes une casquette ? » à un jeune homme. La question pourrait paraître incongrue, mais la naturel de ce marmot adorable la rend charmante.

Et l’enseignement N°1 de la vidéo, celui qui est tellement disruptif que vous allez avoir l’impression d’être propulsé dans la modernité moderne en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire,  c’est qu’il suffit de commencer par « bonjour ». Et éventuellement de rajouter « Je m’appelle … »

 

Dire ce qu’on a à dire sans détours

Les enfants abordent les sujets qu’ils ont envie d’aborder sans se torturer les méninges pour savoir s’ils peuvent, s’ils doivent, si ça se fait ou pas, si on va les aimer, les juger, les rejeter ou pas. Ils s’économisent ainsi d’autant plus d’énergie qu’a parler avec une simplicité désarmante de ce qu’ils veulent, ils s’attirent  des réponses désarmantes de simplicité. Je pense par exemple à cette petite fille qui demande à la retraitée combien d’argent elle a et où sont ses amis. Les deux questions pourraient paraître déplacée, mais elle est posée de façon est si simple, si directe, si dénuée d’intention autre que l’intérêt qu’elle porte à cette dame, qu’elle obtient une réponse précise et directe.

Nous apprenons à ne pas aborder les sujets qui pourraient embarrasser nos interlocuteurs et ce n’est pas toujours une bonne idée: nous finissons par ne plus savoir quoi aborder, même quand nous aimerions en savoir plus. Ce que nous y perdons, c’est justement des opportunités de connexion.

Alors prenons-en de la graine, car le second enseignement de cet vidéo, c’est qu’on peut tout dire, on peut parler de tout, pour peu qu’on le dise gentiment sans intention autre que l’intérêt pour l’interlocuteur ou pour la relation. Arrêtons d’éviter les sujets qui nous embarrassent, arrêtons de tourner autour du pot, de chercher à « faire comprendre » à demi-mot, d’enrober nos propos, de nous emmêler dans des argumentaires et justifications, de vouloir convaincre :

 – Disons ce que nous avons à dire avec simplicité
 – Faisons des demandes claires plutôt que des reproches larvés, ou plutôt que de ruminer
 – Posons avec candeur et spontanéité les questions qui nous taraudent – ce qui nous évitera d’aller les poser à des tiers, au risque de générer rumeurs et ragots ou d’interpréter les comportements de notre interlocuteur. Je pense aussi, par exemple, à ces questions qu’on peut se poser devant la différence, comme par exemple le handicap.

Nous y gagnerons en élégance relationnelle dont la conséquence immédiate est des interactions plus simples, plus claires et plus agréables. Mais ce n’est pas tout. C’est aussi ce qui autorise la vulnérabilité, l’humanité, l’imperfection et les transforme en simples sujets de conversation, en opportunité de se connaître et de se comprendre mieux. Et ça fait du bien de pouvoir parler en douceur et en confiance des difficultés qu’on a tendance à taire. Enfin, c’est là que nous allons forger le sentiment d’appartenance, de reconnaissance et de confiance mutuels.

savoir demander de l'aide est une compétence relationnelle révélatrice de courage et de force de caractère

 

Ecouter sans juger, rebondir sans complexe

A l’évidence, nos mini-experts avaient des questions préparées à poser à leurs adultes cobayes. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’une fois la question posée, ils rebondissent, ils ne jugent pas. Ils posent d’autres questions, ils s’intéressent visiblement à leur interlocuteur, ils rentrent en conversation sans complexe et sans crainte, en toute innocence sans doute, mais c’est justement cette simplicité qui fait tout leur charme : ils ne prétendent pas devoir asséner de grandes vérités, ils ne cherchent pas à se montrer autres que ce qu’ils sont, à étaler leur savoir, à être au centre de l’attention ou au contraire à fuir la discussion, à botter en touche ou à changer de sujet par embarras. Ils ont simplement envie de papoter. De parler et d’écouter, bref, ils font ce que la plupart des adultes prétendent désirer faire mais ne font pas vraiment : échanger.

 

Accueillir le désir de parler de l’autre

Les enfants n’ont pas la calcombe encombrée d’idées reçues sur le danger souvent fantasmé que représente l’inconnu qui vient vous parler. Non, l’étranger (au sens la personne qui nous est étrangère) qui vient nous parler n’est pas forcément un importun qui vient envahir cet espace bien cadenassé que nous avons instauré autour de nous, ou un psychopathe bien décidé à nous trucider pour déguster nos rognons poêlés avec un trait de balsamique.

Chacun d’entre nous est prêt à répondre avec amabilité – voire avec chaleur humaine, ce truc désuet qui remplacerait même le Mojito et les fraises Tagada – a un gosse qui vient nous raconter quelque chose. Alors pourquoi partons-nous du principe que celui ou celle qui nous adresse la parole est nécessairement un casse-pied barbant, un dragueur lourdingue ou un enquiquineur de haut vol ?

Accueillons celui ou celle qui vient nous parler avec simplicité et écoutons ce qu’il a à nous dire, il sera toujours temps de mettre un terme à la conversation s’il s’avère être pénible. Ce qui d’ailleurs sera l’occasion de pratiquer une affirmation de soi aimable et sereine (même si elle a besoin d’être ferme) qui est un autre pilier de l’élégance relationnelle;)

 

Et ces quatre enseignements ne sont pas valables que pour les inconnus. Ils peuvent aussi s’appliquer aux quidams que nous croisons au travail sans vraiment les voir ou les connaître, ainsi qu’à nos collègues, parce que plus nous autorisons la parole, la nôtre, celle des autres, plus nous la libérons, plus nous avons des chances de nouer des liens qui permettent à tous d’avoir le sentiment d’exister, sans avoir besoin de jouer le pénible Triangle de Karpman. Ce qui, dans le cadre du travail, facilite les conversations que nous trouvons habituellement difficiles, en tant que collaborateur ou en temps que manager:

 

Elégance relationnelle: le pouvoir de la simplicitéCrédit image – travail à 4 mains
Photo Julien Pascual
Illustration Florence Marguerat

 

Aller plus loin

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