Changer un comportement: le naturel revient-il au galop?

quand on modifie un comportement, le naturel revient-il au galop?

 

Que ce soit dans le but de changer de métier ou pour gagner en plaisir au travail, il est fréquent qu’on identifie le besoin de modifier un comportement, d’introduire d’autres habitudes, de chambarder une posture relationnelle préjudiciable, ou que certaines façons de faire évoluent à mesure que les croyances se ramollissent ou se métamorphosent. Et mes clients me demandent souvent s’il n’y a pas des chances qu’à la première occasion, le naturel revienne au galop.

quand on modifie un comportement, le naturel revient-il au galop?

 

Changer des comportements

Lorsqu’un comportement a des conséquences pénibles pour le client, plombe ses relations, bousille sa façon de communiquer, saligote sa sa relation à lui-même et son estime de soi, ruine sa façon de percevoir les autres et le monde ou encore les événements de sa vie, autant le modifier, histoire de ne pas s’embourber dans des attitudes qui n’aident pas la réussite des projets professionnels et sont plus facteurs de déplaisir et de grognonitude que de joie de vivre et de félicité.

Nous l’avions vu, un comportement quel qu’il soit, y compris les plus largement pénibles comme les emportements d’un colérique chronique, par exemple, chaque comportement, donc, vise un bénéfice. En prenant en compte ces bénéfices dits secondaires, de façon à trouver des moyens de combler les besoins que le comportement tente de satisfaire, et en trouvant des solutions qui suppriment les effets pervers, on peut modifier un comportement durablement.

Les types de comportements qu’on peut modifier sont innombrables, en voici quelques exemples parmi les changements possibles qui ne consistent pas à lutter contre soi, à aller à l’encontre de sa personnalité, mais plutôt à construire une alternative aux réactions ou aux façons de faire qui nous desservent dans le travail.

– Relations : ceux associés aux rôles relationnels et au triangle de Karpman, les rôles Sauveur, Victime et Persécuteur qui font bien des dégâts dans nos relations.
– Émotions : on peut apprendre à comprendre les messages des émotions et à exprimer ses ressentis de façon calme, posée et ferme, plutôt que de céder aux débordements de l’expression d’émotions qui déferlent sur autrui comme des grandes marées un jour de tempête, renversant tout sur son passage à coups de vagues de colère noire, de peur panique ou angoissée  ou de tristesse inconsolable!
– Communication : on peut remplacer des habitudes de communications qui ressemblent plus à des ratés en beauté qu’à de l’élégance relationnelle par des techniques non violentes et affirmées.
– Organisation : nos comportements en termes d’organisation, de gestion du temps, de recherche d’efficacité ou de plaisir sont parfois le fruit d’héritages, de concepts modélisés à outrance, de méthodes figées. Ils peuvent être adaptés, modifiés, personnalisés de façon à répondre aux besoins individuels.
 – Croyances : toutes sortes d’attitudes associées à des convictions limitantes, qu’il est impossible de lister ici, tant nous sommes des sacrées machines à cracher des croyances, ne sont ni au bénéfice de nos projets, ni au bénéfice de la relation.

Mais peut-on pour autant affirmer que le naturel ne reviendra pas au galop et que nous ne retomberons pas dans nos travers? La réponse que je propose n’a aucune valeur scientifique ou psychologique, elle repose intégralement sur l’observation et l’expérience.

sortir des rôles relationnels pour assainir les relations

 

Compétences conscientes et galopades occasionnelles

Si l’on prend l’exemple de la communication, lorsqu’on s’attache à transformer une communication mi-brutale mi-larmoyante de Victime-Persécuteur en une communication assertive, qui s’affirme sans bulldozer l’interlocuteur, il arrive évidemment qu’il y ait des ratés. Au début, on s’applique bien sûr, mais tant que la technique est au stade de la compétence consciente, c’est à dire qu’elle exige un peu d’huile de coude de la part de notre matière grise, il y a des risques évidents de retomber dans ses travers habituels. En particulier si, pour une raison ou une autre, nous sommes un peu fatigués, un peu émus, un peu moins concentrés.

Car nous ne sommes que des êtres humains,nous ne pouvons guère être vigilants 24/24 pendant le temps nécessaire à construire cette compétence. Il arrive donc que nous nous laissions entraînés par la situation et n’ayons pas le recul nécessaire pour mettre en place consciemment et consciencieusement la compétence relationnelle ou la technique de communication requise. Autant faire preuve de bienveillance envers nous-mêmes, Rome ne s’est pas faite en un jour. Inutile de hausser les épaules de découragement: modifier un comportement demande de l’entraînement. Et au final, on ne cherche pas la perfection, l’infaillibilité, le 100%, ce qui équivaudrait à s’imposer une auto-tyrannie totalitaire et intenable.

Acceptons donc l’idée que le solipède en nous, celui qui a bien du courage, puisse parfois se laisser aller à un gymkhana malencontreux de retour dans ses travers d’antan. C’est un tête-à-queue passager, pas une palinodie de palefroi inapte à modifier ses comportements.

Modifier un comportement: c'est en amenant 50 fois le cheval à la rivière qu'on lui fera traverser le gué

 

Périodes difficiles et galopades temporaires

On constate aussi que lors de périodes de fatigue ou de vulnérabilité, les vieux comportements réapparaissent parfois, même de manière atténuée et ils sont alors très pratiques, car ils deviennent l’indicateur que la période est émotionnellement difficile et qu’il est peut-être nécessaire de prendre des vacances, du recul, de traiter un problème laissé en suspens, de prendre soin de soi etc.

Le phénomène est donc temporaire et disparaît à nouveau lorsqu’une solution a été apportée au problème signalé de la sorte. Ainsi, l’un de mes clients, manager qui a travaillé à développer un regard plus bienveillant sur ses collaborateurs et sa hiérarchie, a remarqué ses pensées agressives ou agacées vis à vis de son entourage professionnel, aujourd’hui peu fréquentes, resurgissent lorsqu’il se sent en limite de compétence. Il sait aujourd’hui utiliser ces pensées: dès qu’il les remarque, il prend le temps d’évaluer ce sentiment et de déterminer les besoins à combler auxquels il correspond.

Les retours à fond les ballons (comme on disait dans le temps, quand on ne disait pas vent du cul) dans un comportement qu’on cherche à modifier peuvent donc être le simple signal d’une période difficile et non pas celui d’une volte-face de bidet rétif, bourrique à boucherie. Bienveillance donc, c’est en amenant dix fois vingt fois le cheval réfractaire à la rivière qu’on parviendra à lui faire traverser le gué les yeux fermés^^

Et vous, avez-vous déjà modifié sciemment certains comportements?
Vous arrive-t-il de retomber dans vos travers?
Si oui, comment réagissez-vous?
De quoi sont-ils l’indicateur, à ce moment-là?

 

Voir aussi

Ebook gratuit: le triangle de Karpman
Changement et bénéfice des comportements
Les besoins à combler
Comment nous construisons et entretenons nos convictions
Combien de temps pour changer un comportement?
Modifier un comportement: le mentor qui s’ignore
Vie professionnelle: 11 comportements qui tuent
Comment les rôles relationnels entravent la recherche d’emploi

 

Aller plus loin

Vous voulez construire et entretenir un état d’esprit, une posture sereins et dynamiques à la fois, qui vous permettront de renouer avec le plaisir au travail ou de mener à bien votre projet de reconversion? Pensez au coaching.  Contactez Sylvaine Pascual.

 

 

 

Publicité

6 Comments

  • MAD dit :

    Coucou !

    Comme tu dis, nous sommes humains, et lors d’une baisse de régime ou de concentration, le naturel peut revenir (peut-être pas au galop mais insidieusement aussi), et c’est normal tant qu’un acte n’est pas réflèxe, ça arrivera toujours ; le principal étant de s’en rendre compte et de corriger le tir 😉

  • Cédric dit :

    Merci pour cet excellent article !

    Pour changer mes habitudes sur le long terme, je mets souvent une structure comme suit issu d’un livre appelé “The Power of Full Engagement” par Tony Scwharz :

    1. Décider très clairement ce qu’on veut acquérir comme comportement. Moins il y aura de frictions plus il y aura de chances de réussite.

    2. S’engager envers soi même et envers un maximum de gens à le faire pendant 30 jours tous les jours.

    3. Prévoir une forme de punition qu’on aura a accomplir pour quelqu’un d’autre si on manque a son engagement.

    4. Prévoir une récompense qu’on s’accorde si on a tenu son engagement.

    Au bout de 30 jours, l’habitude a commencé à s’installer en général et on peut faire le choix de continuer à l’appliquer ou non. Cette méthode ne prend pas en compte les bénéfices secondaires comme vous en parlez dans votre article donc tout cela me semble très complémentaire 🙂

  • Anne-Sophie dit :

    Oh que oui, j’ai modifié des comportements sciemment ! Je constate que les changements réellement probants viennent d’une intention claire et bienveillante.
    Merci pour cet article très intéressant et déculpabilisant.

  • mbida andre dit :

    on ne change pas après un certain nombre d’années , le naturel revient seul
    au galop .beaucoup parlent de changement quand on est face à une situation
    on fera semblant de changer après l’orage le naturel revient toujours .chez on dit
    que la branche d’arbre qui a pris une forme l’on ne peut pas la redresser

    • Merci pour cette métaphore intéressante! Elle m’inspire une réflexion: on ne change pas la branche qui a déjà poussé, mais on peut certainement influer sur la façon dont elle va continuer à pousser et la direction qu’elle va prendre alors?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *