Reconversion professionnelle: gérer la baisse de revenus

Reconversion professionnelle: printemps du plaisir au travail, hiver financier?

 

 

Changer de métier signifie le plus souvent une baisse de salaire qu’il vaut mieux anticiper pour éviter de se trouver fort dépourvu face à un hiver financier imprévu. Car à moins d’avoir un matelas suffisamment épais et moelleux sur lequel se reposer, le changement de niveau de vie qui accompagne au moins le début de la nouvelle vie demande à être anticipé. Cependant, si la littérature spécialisée reconversion parle de cette baisse de revenus en termes ultra négatifs, il ne s’agit pas tant d’un sacrifice que d’une simple réalité à prendre en compte.

Reconversion professionnelle: printemps du plaisir au travail, hiver financier?

 

 

Reconversion : printemps professionnel, hiver financier?

L’aspect financier de la reconversion se limite souvent au coût de la formation, qui n’est pourtant pas forcément la partie la plus compliquée à traiter. En revanche, la baisse de revenus, si elle est fréquemment mentionnée, est peu abordée sous l’angle

  • Comment l’anticiper?
  • Comment la traiter?

La plupart des cadres, à défaut d’avoir un revenu qui leur donne le sentiment d’être payés à leur juste valeur, ont un salaire qui entretient un certain niveau de vie. Un salaire qui finance des vacances, des loisirs et un mode de vie auxquels il peut être compliqué de renoncer. Entre habitudes familiales et culpabilité, l’idée d’une baisse de rémunération peut être à la fois un sacré frein et une réelle complication. Qu’il vaut mieux traiter en amont!

Et celle-ci, si son ampleur est variable, est quasi incontournable, du moins au début. Bien entendu, tout dépend de la nature de la reconversion: laisser un job de DSI pour devenir prof de maths signifiera une baisse substantielle, là où une évolution moins radicale permettra de faire valoir financièrement une expérience passée.

De même, si se mettre à son compte peut signifier des revenus très confortables à terme, les débuts ressemblent plus souvent à des vaches maigres qu’à de dodus cochons de lait, en particulier pour ceux qui s’installent en tant que consultants. Pour ceux qui se reconvertissent dans l’artisanat, certains métiers sont lucratifs, pour peu qu’on soit bosseur – on pense aux métiers du bâtiment, par exemple – là où l’artisanat d’art peut l’être moins.

 

Les besoins financiers réels et fantasmés

Il est fréquent, lorsqu’un nouveau client vient me voir, qu’il me déclare tout de go qu’il est hors de question que ses revenus baissent. Une reconversion, oui, mais pas à n’importe quel prix. J’ai appris à me taire sur le sujet et à attendre que le cheminement se fasse de lui-même plutôt que de l’expliquer en amont. Lorsque les mêmes clients connectent avec une piste de reconversion réellement pertinente, qui parle à leur tripes, celles-ci sont tellement motivées qu’elles fournissent une créativité épatante pour pallier à ces questions financières et parfois même à repenser leur mode de vie, si lesdits candidats à un changement de métier l’estiment pertinent.

Pour ce qui concerne le candidat à la reconversion et lui seul, la part de renoncement possible est souvent directement proportionnelle à la part de compensation du mal-être au travail et ses répercussions sur le mal-être tout court. On confond souvent besoin et désir et ce dernier, s’il peut être l’expression spécifique d’un besoin, peut aussi être un moyen de compenser l’insatisfaction. Ainsi l’exemple type du Porsche Cayenne acheté sous prétexte de “se faire plaisir”, en réalité pour en jeter plein la vue aux voisins et masquer le sentiment d’absence de reconnaissance et de sens*

Lorsque la satisfaction est forte, le besoin de dépenser (pour posséder ou pour faire) diminue souvent de façon assez spectaculaire. Ainsi le candidat à la reconversion, lorsqu’il aura connecté avec une voie professionnelle réjouissante, sera d’un coup prêt à renoncer à une part plus importante de ses revenus et ce sans sentiment de “sacrifice”.

Du coup, évidemment, l’évaluation des besoins financiers réels est rendue difficile par les besoins fantasmés et c’est la raison pour laquelle elle demande une attention toute particulière.

L’essentiel étant, comme toujours, d’avoir conscience en amont des conséquences réelles d’un changement de métier pour pouvoir élaborer des solutions ou au contraire, décider que cette reconversion-là demande trop d’efforts pour être réellement judicieuse. Pour éviter des déceptions amères, le tout est d’avoir mené une enquête terrain approfondie de façon à savoir à quoi vous pouvez vous attendre et prétendre en termes financiers et prendre la décision de vous lancer – ou pas –  en connaissance de cause.

  • Une baisse de revenus temporaire doit être acceptée et préparée.
  • Une baisse de revenus durable doit être choisie au profit de bénéfices majeurs dans le nouveau métier.

 

La valeur intangible d’un métier qui a du sens

Cette question de compensation trouve son corollaire direct dans la valeur du métier qui a du sens. Ce n’est pas une valeur monétaire et pourtant, elle vient directement compenser la perte de revenus. Ainsi ce cadre dans la finance devenu patron d’une entreprise de maçonnerie, interwievé par les Echos “Son train de vie ? « Sans commune mesure » avec le précédent mais, souligne-t-il, il « bâtit quelque chose avec des hommes qu’il respecte ».

On constate de façon générale que ceux qui ont un grand sentiment de satisfaction dans leur vie ont moins de besoins de consommation, éprouvent plus de plaisir dans leurs actes de consommation et se contentent plus facilement d’une vie plus simple.

Satisfaction professionnelle et désir de vie simple

 

De la même manière, opter pour un métier avec moins de responsabilités mais qui soulagera d’un stress devenu chronique a un coût, mais le retour en santé, voire le plaisir au travail du candidat à la reconversion concerné n’a peut-être pas de prix.

Idem pour des temps de transports moindres, une meilleure articulation des temps de vie, un environnement professionnel épatant etc. La satisfaction des besoins professionnels et le plaisir de travailler qui en découlent ont une valeur intangible qui pourra se traduire directement en termes financiers.

 

Evaluer ses besoins financiers

L’évaluation des besoins financiers est évidemment à mener en amont de la reconversion, elle fait partie intégrante d’une réflexion concrète sur le projet. Gérée en aval, au moment où la baisse de revenus vous saisit au porte-monnaie est plus difficile et plus générateur d’émotions négatives et potentiellement de déception et de regrets.

 

Le plancher

La première étape va donc consister à évaluer ses besoins financiers réels, le plancher en dessous duquel le candidat à la reconversion et sa famille vivront dans l’inconfort. Il s’agit donc de faire le calcul très précis des dépenses du foyer  et d’évaluer ce qui peut être revu à la baisse sans pour autant tomber dans une austérité qui, si elle doit durer un tant soit peu, risque de générer amertumes et rancoeurs. Il est donc nécessaire de garder une part de loisirs suffisantes pour qu’aucun membre du foyer n’ait le sentiment de payer cher votre changement de métier. Là où probablement personne n’en mourra si une année les vacances de ski passeront à la trappe, priver vos enfants d’un loisir qui les passionne peut être assez dur à avaler.

D’autre part, même pour le candidat à la reconversion, renoncer à l’intégralité des activités ou des plaisirs personnels qu’il aime est probablement une fausse bonne idée. Parce qu’elles sont un loisir nourrissant, elles participent de l’entretien du moral et de l’énergie tout au long du processus de reconversion, aussi mieux en conserver certaines, en fonction de vos besoins. Les plans d’austérité ont leurs limites, à vous de trouver où se logent les vôtres.

  • Renoncements inutiles: Sarah, 41 ans, enseignante en formation pour devenir psychologue, avait fini par demander une disponibilité – non rémunérée, donc – parce qu’elle ne parvenait plus à concilier formation et emploi à temps plein. Face aux exigences financières de ce choix difficile, elle s’était décidée à revoir son niveau de vie. Et avait conclu qu’il lui fallait renoncer à tout: les vacances, la salle de sport, les cours de peinture, et même son inscription au tir à l’arc, sa grande passion. Seulement voilà: l’abonnement en question lui coûtait 25€ par mois, ce n’était pas le poste de dépense qui la mettait sur la paille. En revanche, y renoncer était un crève-coeur… inutile.

 

La baisse acceptable

Dans un deuxième temps,il est important de déterminer la part de réduction de revenu acceptable, au regard des bénéfices de métier désiré, dont la valeur est intangible et ne peut être mesurée que par le candidat à la reconversion. Associée au revenu plancher, elle donne une fourchette qui peut facilement être confrontée aux réalités des pistes retenues comme des voies de reconversion possibles.

Chez mes clients, la quête de sens au travail, l’envie de se faire plaisir professionnellement, l’envie d’avoir envie sont tels que la baisse de revenu acceptable se situe entre 30 et 60% du salaire actuel, au moins les premières années. Car à terme bien entendu,beaucoup de métiers offrent des possibilités d’évolutions qui se traduisent par une augmentation des revenus. Là encore, à chacun de déterminer en son âme et conscience la marge acceptable et de l’inclure dans ses critères de décision autour de son projet professionnel.

Deux conclusions à tout cela:

  1. Gérer la baisse de revenus: La baisse de revenus n’est pas tant un obstacle infranchissable qu’une des nombreuses facettes de la reconversion à penser en amont, une dimension à traiter et à inclure dans sa réflexion
  2. Penser métier plutôt que revenus: Choisir un métier dans le prolongement du précédent uniquement pour conserver un revenu n’est probablement pas une bonne idée, surtout si l’insatisfaction est grande: de l’ordre des reconversions raisonnées-raisonnables, elle augmente ses propres chances d’échouer. Mieux vaut la garder comme solution parachute si la reconversion qui parle aux tripes s’avère vraiment incompatible avec les besoins financiers. Le renoncement en connaissance de cause vous évitera bien des regrets et des “et si…”

 

*Ceci est un simple exemple d’un désir destiné à compenser un mal-être. Tout un chacun à le droit de s’acheter un Porsche Cayenne s’il en a envie et tous les Porsche Cayenne ne sont pas des compensations^^

 

 

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Aller plus loin

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