Apprécier ce que l'on a

Sylvaine Pascual – Publié dans: Bien-être et estime de soi / Vitamines mentales      Share/Bookmark

Vous, je ne sais pas, mais moi, je suis très sensible aux saisons. Cette année, les minuscules signes annonciateurs du printemps sont passés d’autant plus inaperçus qu’entre le vent, la pluie et le froid tardif, nous n’avons pas eu  beaucoup l’occasion d’observer les bourgeons. Pourtant, les premières fleurs sont sorties… comme d’habitude.
S’il y a une seule certitude sur laquelle nous pouvons nous compter, c’est bien celle-ci: tôt ou tard, chaque année, le printemps revient, même si l’interminable hiver n’en finit plus de s’incruster comme un invité lourdingue qui refuse de comprendre que la fête est finie et qu’il est temps d’aller se coucher.

aimer ce qu-on aDemain est un autre jour

Mais revenons à nos agneaux printaniers. Cette année, l’immuable retour des premières petites feuilles et fleurs de février m’a interpellée.  Combien de choses dans nos vies sont aussi certaines que le retour du printemps?
Parmi tous les éléments qui font partie intégrante de notre décor personnel, combien pouvons-nous avoir la certitude absolue de retrouver, fidèles au poste, demain, la semaine prochaine, dans deux ans?

Au risque de vous déprimer, je vous le sers tout de go: pas des masses.
Demain est un autre jour et nous ignorons de quoi il sera fait. Relations, situation professionnelle, logement, environnement, possessions, nous ne sommes pas à l’abri d’événements plus ou moins heureux qui peuvent chambouler notre quotidien, faire disparaître en un quart de seconde des éléments que nous considérons comme des piliers de notre vie, ou en rajouter de nouveaux qui ébranlentl’équilibre général de l’édifice.

Herbe plus verte

Et pourtant, nous cédons facilement à l’insatisfaction, au désir avide de ce que nous n’avons pas: une paire de chaussure supplémentaire, des collègues moins cons, une piscine, un(e) conjoint(e) plus compréhensif(ve), une grosse bagnole, un écran plat. Bon, OK, je m’arrête là, la liste des herbes plus vertes est interminable. Nous en oublions même qu’il y a aussi de l’herbe sous nos pieds, nous en oublions toutes ces choses que nous avons et qui nous sont chères.

Tous ces proches que nous ne voyons pas assez souvent, ceux à qui nous oublions de montrer combien ils sont importants à nos yeux, ceux dont nous oublions de considérer l’amitié comme formidable.
Les objets, les lieux qui embellissent notre environnement et que nous n’admirons même plus, tellement nous y sommes habitués, le toit au dessus de nos têtes, les draps frais que nous oublions de humer, la nourriture que nous avalons en vitesse devant la télé sans même en sentir le goût, les activités devenues routine… Bref, tout ce que nous considérons comme allant de soi.

En d’autres termes, nous ne nous émerveillons pas assez de ce que nous avons et que ous aimons, de toutes les choses qui rendent notre vie plus belle, des gens qui nous entourent et nous apportent les nourritures affectives dont nous avons besoin, des activités que nous avons et qui nous fournissent les nourritures intellectuelles et spirituelles dont nous avons besoin.

Je vous l’accorde, au bal des évidences, tout ce discours lénifiant ouvre la polka. Nous savons bien que nous avons de quoi être heureux et les catastrophes dont nous sommes régulièrement témoins nous le rappellent avec une consternante régularité. Tremblements de terre, ras de marée, tempêtes, innondations rappellent à notre bon souvenir que nous sommes bien lotis, bien heureux finalement d’être le contraire de démunis. Et au bord de la piste, on se donne allègrement du ” rendez-vous compte, ma bonne dame, on arrête pas de se plaindre mais qu’est-ce qu’on a de la chance”, culpabilisante comparaison et vrai mini scud dans l’estime de soi: non seulement nous sommes insatisfaits, mais en plus nous sommes de vrais salauds de l’être.

Alors évitons de parler de chance, évitons de comparer ce que nous avons -ou pas – avec le voisin, et concentrons-nous sur ce que nous avons et ce que nous aimons. Cela nous apportera un sentiment de satisfaction plus propice à l’identification de ce que nous voulons vraiment (plutôt que d’accumuler par compensation), au renforcement de l’estime de soi nécessaire pour entreprendre et obtenir ce que nous voulons vraiment.

Auto coaching: apprécier ce que l’on a

Considérons qu’à  tout moment nous pouvons perdre un être cher, un boulot qui nous plaît,  cet environement important à nos yeux, et qu’ils sont autant de merveilles dont il y a lieu de s’enthousiasmer.

Et je n’ai pas dit remercier. Je n’aime pas beaucoup les conseils du type remercier en vrac: Dieu, la bonne fortune, l’univers, le ciel, les oiseaux et ta mère. Ils ont tendance à nous inscrire dans une reconnaissance externe, comme si ce que nos avons nous avait été donné par un tiers compatissant, sans que nous ayons rien à voir là-dedans.
Or, si vous avez une jolie maison, c’est que vous avez oeuvré pour l’obtenir et pour la rendre agréable. Si vous avez un job intéressant, c’est que vous l’avez obtenu. Si vous avez un(e) charmant(e) conjoint(e), c’est que vous l’avez séduit(e). Tout cela n’a pas été déposé(e) devant votre porte par un Père Noël compréhensif. Exprimer de la gratitude envers une entité surnaturelle me paraît être un moyen de minimiser notre part de responsabilité dans ce que nous avons et donc de favoriser la dévalorisation – version si vous n’avez pas ce que vous voulez, c’est que l’entité en question a estimé que vous ne le méritez pas.

Il me semble plus juste de reconnaître, tout simplement, tout ce que nous avons et que nous apprécions,tout ce qui améliore notre vie, la rend plus réjouissante. Dès que nous en profitons en conscience, toutes ces petites choses mises bout à bout nourrissent l’âme bien plus durablement que des vacances à Bora-Bora, qu’un gadget électronique ou un 4×4 flambant neuf.

Faites la liste de toutes les choses que vous aimez dans votre vie: personnes, objets, lieux etc.
Que constatez-vous?
Comment allez-vous vous y prendre pour vous en émerveiller davantage?
Comment allez-vous vous y prendre pour en profiter davantage, pour en tirer encore davantage de satisfaction?

Voir aussi:

S’émerveiller
Nos émotions nous parlent de nous
Un petit compliment, pour la route?
Mécanismes de valorisation et dévalorisation de soi
Dire les jolies choses que l’on ressent
Je refuse d’avoir de la chance!
Simple comme la bonne humeur

Les dossiers d’Ithaque: Bien-être et estime de soi
Les dossiers d’Ithaque: Le plein de vitamines mentales
Ateliers individuels de développement personnel

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6 Comments

  • Luc dit :

    Considérer ce que l’on a – et je ne parle pas (que) du matériel – et s’enthousiasmer c’est aussi un excellent moyen de vivre son présent.

    C’est ce que j’entends en filigrane dans ton article

  • Michèle dit :

    Dans l’inventaire, je mets en premier lieu la bonne santé : on la cultive sois-même aussi en partie et c’est encore meilleur quand on peut la savourer et en profiter au quotidien.

  • fredheas dit :

    Il est important d’apprécier ce que l’on a afin de pouvoir mieux profiter de ce que l’on aura plus tard (si on a plus par la suite, évidemment!)!
    Cela permet de garder une bonne valeur des choses!
    Belle soirée à toi @Sylvaine! 😉

  • dorival annie dit :

    Cet article me parle beaucoup en ce moment,parce que je suis à un cap où j’apprécie énormément ce que j’ai(disons ma situation en général)mais cela devient justement limitant dans mon envie de changement car j’ai peur de perdre pour ne pas faire mieux ou au moins tout aussi bien.Je suis à un tournant où finalement j’ai atteints tous les objectifs fixés il y a longtemps,et j’ai quand mm peur de changer par peur de perdre.J’ai un énorme besoin à combler(un manque,un vide une disparition non voulue….)que je sais ne sera comblée que par l’action,je sais que je dois bouger,chambouler pour me sentir revivre,mais le temps n’est pas encore venu,j’ai besoin d’un déclic,mon instinct me dit qu’il faut encore attendre un peu,ça va venir.Pourquoi effectivement faut-il toujours sortir de sa zone de confort?Il serait tellement plus simple d’y rester!mais serait-on encore vivant?apprécier le matériel que l’on a oui!mais vivre de nouvelles expériences c’est tout simplement se sentir renaître chaque fois,se sentir capable de nouveaux enjeux,c’est faire reculer et la vieillesse et la mort.

  • Pacha dit :

    Bonsoir Sylvaine,

    Pourquoi est ce si difficile d’apprécier ce que l’on a?

    Pourquoi sommes nous continuellement insatisfait?

    Autre question: apprécier ce que l’on a ne risque t-il pas de nous conduire,de manière pernicieuse, à nous installer dans notre zone de confort?
    Et ne plus vouloir avancer en formulant des projets?

    • Sylvaine Pascual dit :

      La société de consommation n’est certainement pas étrangère à notre insatisfaction chronique! En relayant ses principes, les médias nous bombardent d’injonctions à ne pas nous contenter, à vouloir toujours plus pour nous pousser à consommer davantage, en particulier au travers de l’image donnée à autrui, du statut (le célèbre loser sans Rolex)
      Professionnellement, il y a tous les systèmes de croyances autour de l’ambition, qui sont elles aussi liées à l’image donnée et au statut.

      Tout ça crée un environnement qui passe son temps à nous faire croire qu’on est quelqu’un parce qu’on est toujours un peu plus riche, un peu plus possédant, un peu plus exigeant.

      Je ne crois pas qu’apprécier ce que l’on a soit un frein à l’évolution et aux projets, au contraire. Car lorsqu’on mesure toute la satisfaction d’avoir quelque chose, on est aussi en capacité d’évaluer plus finement ce que ça nous apportera d’obtenir telle autre (l’être humain n’est pas très doué pour ça), et donc de mesurer où se trouvent nos réelles motivations .
      D’autre part, il me semble qu’apprécier n’entraîne aucune obligation à se contenter. Une personne qui arriverait à ce sentiment d’obligation aurait construit un système de croyances excessif et tout aussi nuisible que l’excès d’envies généré par la société de consommation.

      Et si d’aventure on en arrive à être tellement satisfait de ce qu’on a qu’on ne ressent pas le besoin d’aller chercher autre chose, de façon durable, alors inutile de bousculer un système qui marche!

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