Le savoir dire, conformisme artificiel ou grammaire de la relation?

Le savoir-dire comme une grammaire de la relation

Au rayon du savoir-être et du savoir-faire, le savoir-dire a été remisé dans un coin discret, parfois considéré comme trop compliqué ou trop artificiel. Et c’est peut-être dommage, car quand on sait comment dire ce qu’on a à dire, on a beaucoup moins peur de le dire.

Le savoir-dire comme une grammaire de la relation

Savoir dire quoi?

L’un des principaux ingrédients du sentiment d’être heureu(se) au boulot et d’avoir plaisir à travailler est la qualité des relations que nous entretenons avec nos interlocuteurs professionnels: collègues, managers, collaborateurs, partenaires, clients etc. Et l’élément déterminant de la satisfaction relationnelle n’est pas une équanimité bonnasse, également partagée, qui générerait du consensus minute et des interactions sans heurts. Ca signifie qu’indépendamment des conflits possibles, le socle est solide et qu’on ne reste pas coincés dans les différents.

C’est peut-être pour cela que nous renonçons à dire ce que nous avons à dire: par crainte de l’exprimer d’une manière inappropriée qui ne résoudra rien, nous éloignerait de nos intentions et nous enfermerait dans le désaccord. D’autant que clairement, parfois, entre valeurs personnelles et attentes, nous ne parlons pas la même langue, nous avons presque l’impression de ne pas être de la même espèce, voir de na pas être nés sur la même planête!

Qu’avons-nous alors dire, que nous avons tant de mal à dire? Presque tout ce qui ne nage pas dans la fadeur tiède, mais ô combien rassurante, de la neutralité:

– Les jolies choses : parce que, quand même, faudrait pas passer pour un sentimental, on n’est pas au pays des Bisounours, faudrait pas que Tartempion qui fait un sacré boulot le sache, il pourrait se reposer sur ses lauriers etc.  – et pourtant nous avons tous soif de reconnaissance et de compliments. Voir : Dire les jolies choses que l’on ressent

– Les vilaines choses : que nous reprochons intérieurement à nos contemporains, leurs comportements, leurs méthodes, qui nuisent à notre bien-être et génèrent ressentiment et frustration chez nous.

– Nos besoins et opinions, (y compris dire non et demander) par crainte de déranger, de déplaire, d’être jugé, rejeté, de devenir un méchant rouleau-compresseur, se prendre un retour brutal d’un Persécuteur etc.

La crainte très fréquente de ne pas être entendu(e) ou de générer un conflit nous pousse à taire ce qui pourtant nous tient à coeur, au détriment de l’estime de soi comme de la relation et au bénéfice de la rancœur et de l’inimitié. Tout ça parce que nous ne savons pas comment nous y prendre et que nous savons bien que lorsque nous n’y allons pas avec le dos de la cuiller, on se retrouve avec des vers en dessert:

La peur et ll'égo, vers dans le fruit de nos relations

Le savoir-dire, pilier de l’élégance relationnelle

Alors peut-être que le secret pour oser dire réside dans le savoir-dire, avec aisance et amabilité, qui est un des piliers de l’élégance relationnelle. Surtout si la façon de le formuler va nous permettre de nous faire entendre sans fâcher ou sans antagoniser.

Car quelle libération de la parole au travail, quelle collaboration est possible sans ce savoir-dire qui permet les différences d’idées et l’affirmation de soi sans peur d’une part, et sans dévaloriser ou diminuer -donc sans reproche – d’autre part ? Et si le savoir-dire pouvait justement ouvrir la voie à la contradiction, au désaccord, à la résolution d’écueils relationnels, de conflits de valeurs, au politiquement incorrect si nécessaire pour faire bouger les lignes et les ordres établis ?

Car dans tous les cas, ça va mieux en le disant et si nous craignons de froisser et de générer des conflits, autant trouver des mots pour le dire qui peuvent être entendus, plutôt que de balancer un seau supplémentaire de brutalité dans un monde professionnel qui en est déjà largement pollué.

Pourtant, le savoir-dire est parfois l’objet de critiques : il serait vecteur d’affadissement du langage, de conformisme dans l’interaction. Peut-être à tort.

Vers une grammaire de la relation?

La critique la plus fréquente vis-à-vis de principes de savoir-dire comme la CNV (mais aussi ses dérivés comme le DESC) est de rendre l’interaction artificielle, de formater le discours. C’est probablement vrai, dans une certaine mesure, mais surtout dans le sentiment que l’application de ces principes donne au début, quand on manque de pratique. Un peu comme lorsqu’on apprend une langue étrangère et que la nécessité de réfléchir aux phrases qu’on va prononcer donne un sentiment d’artificialité.

C’est d’ailleurs peut-être un point de comparaison: il me semble qu’on peut aussi considérer – du moins c’est comme ça que je le considère – le savoir-dire comme une grammaire de la relation, une syntaxe commune où la sémantique reste à l’initiative et aux choix de chacun. Ce qui paraît d’ailleurs assez naturel, à une époque où l’on a admis que les compétences relationnelles (parfois appelées intelligence émotionnelle) s’apprennent.

les relations sociales réjouissantes garantissent le sentiment d'être heureux

Cela signifie pas mécaniser la relation à coups d’outils obligatoires, cela lui donne des éléments sur lesquels s’appuyer quand il est important de faciliter la compréhension mutuelle. Ainsi distinguer les faits et l’émotion (l’un des principes de la CNV) ne fige pas la relation, mais rend le discours plus clair et moins soumis à interprétation.

S’il y avait là une mine d’or pour apprendre à dire sans se faire maudire, pour désarmer l’animosité, pour déboucher sur une véritable écoute, sur la compréhension mutuelle, la résolution pacifique de conflits, le dialogue et la négociation, ainsi que des conversations digne de ce nom?

C’est la raison pour laquelle l’élégance relationnelle puise dans diverses théories de la relation (CNV, assertivité etc.) et s’articule autour de quelques principes de savoir-dire que chacun peut s’approprier par l’expérimentation, tout en gardant la main sur les préférences sémantiques personnelles, pour générer des interactions qui permettent doser dire tout ce qu’on a à dire, avec panache et amabilité. Et encourager ainsi le débat et la controverse:

Quand le bourre-pif devient collaboratif!

Voir aussi

Élégance relationnelle: l’amabilité, clé d’une collaboration éclairée
Petit précis de communication non violente (1)
Communication: Père Noël, Agile et métaphores
Formuler une critique avec élégance et délicatesse
Recevoir une critique avec grâce et dignité

Aller plus loin

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