De l’art de cultiver son jardin secret

L’authenticité est souvent confondue (volontairement?) avec une transparence totale, déballeuse des moindres détails. Faudrait-il tout dire? Serions-nous contraints à la confession constante, à nous épancher de tout, à faire déclaration en 4 exemplaires de tout ce qui nous arrive? Non, bien entendu, chacun a le droit à un jardin secret. Et en même temps,  nous espérons que nos collèges, nos conjoints/enfants/meilleur(e) ami(e) ne nous cachent rien. Revenons sur le droit à un jardin secret, et comment le cultiver…

Envie de tout savoir… 

Nous avons souvent tendance à espérer que nos proches nous disent tout, qu’ils ne nous cachent rien, qu’il nous confient leurs joies, leurs doutes, leurs peines, leurs aspirations, leurs secrets, bref, chaque parcelle de leur vie. De même, nous avons tendance à espérer que nos collègues, nos N+/-X ne s’adonnent pas à la rétention d’information, qu’ils soient francs du collier, nous ne nous levons pas le matin en espérant des interlocuteurs professionnels baratineurs ou hypocrites.

Et comme nous sommes rarement à une contradiction près (c’est juste que nous évitons tant que faire se peut de la ramener sur nos petites incohérences), en même temps, nous avons tous envie d’un espace intérieur à nous, qui n’appartient qu’à nous, dans lequel nous gardons au chaud quelques informations qui ne regardent que nous.

Pourtant, lorsque nous apprenons qu’un de nos contemporains ne nous a pas parlé d’une chose où une autre, nous sommes prompts à nous mettre au centre de l’affaire et à douter de la confiance qu’ils ont en nous comme de celle que nous pouvons avoir en eux. Ainsi le conjoint qui n’a jamais raconté une anecdote d’enfance et qu’on découvre malencontreusement à une réunion de famille, ou le collègue qui a omis de préciser qu’il quittait le département et que son poste se retrouve vacant. Les questions déboulent alors “Qu’est-ce que j’ai fait?” “Pourquoi ne m’en a-t-il pas parlé”, “Qu’est-ce que Bichtouille me cache d’autre?” suivies de près par les conclusions hâtives et les soupçons: manque d’amour ou de loyauté, ingratitude, individualisme, dissimulation, manipulation etc.

Ah, l’égo surdimensionné qui cherche à nous donner tellement d’importance qu’on devrait tout nous dire, faute de quoi on nous ment, on nous spolie! Cet égo en besoin de reconnaissance qui tirerait tant d’orgueil à être  – le seul – admis dans l’antre de l’ours, dans le saint des saints, dans les potins de couloirs, le clans des initiés! Image de cinéma d’une relation sentimentale (ou parentale) de roman à l’eau de rose, d’une relation professionnelle enduite de guimauve. C’est dit un peu brutalement, j’avoue, mais c’est dit!

Je trouve même dangereuse l’ultra transparence réclamée par les amateurs d’un idéal de relation basée sur le tout-fusionnel. Quid de l’individualité, de l’identité, de l’intimité personnelle? De là à s’imaginer qu’il y a dans le désir de tout savoir de l’autre une véritable tentation de prise de pouvoir, il n’y a qu’un pas que je franchis volontiers, d’un petit bond de cabris.

Le droit au jardin secret

Qu’il soit ceint de hauts murs, entouré de haies fleuries ou isolé dans un coin de montagne, l’espace personnel est indispensable, et les enfants le développent très tôt. Certaines parcelles sont visitables par tout un chacun, d’autres sont ouvertes à un public limité, pas toujours le même d’ailleurs, choisi en fonction de critères très personnels;  et d’autres enfin sont du domaine complètement privé, personne n’y a accès.

C’est dans cet espace protégé que nous pouvons penser, espérer, réfléchir, ressentir, nous souvenir en toute liberté, sans que personne ne vienne y trouver à redire, à juger, à conseiller. C’est là que nous sommes autonomes, que nous nous racontons des histoires, que nous pouvons êtes qui nous voulons, faire ce que nous voulons, que nous remisons les épisodes de nos vies que nous n’avons pas envie de partager, quelle qu’un soit la raison. C’est là que nous nous retrouvons avec nous-mêmes.

Nous avons donc tous autant droit à un jardin secret que nous en avons besoin. Il est à cultiver avec soin, car il est à la fois refuge, source de protection, d’énergie, et de plaisir, placard à squelettes et cabinet de nos curiosités.

Et à l’heure de la télé-réalité, des réseaux sociaux et de la géolocalisation, c’est un rempart essentiel contre la surexposition… un jardin secret 3.0,

Mini coaching: cultiver son jardin secret

Tout l’art du jardin secret réside dans le fait de choisir avec soin ce qui s’y trouve et qui a accès à quoi. Car tout n’y a pas une place de choix.

Par exemple, y mettre des non-dits parce que vous n’osez pas exprimer une demande, c’est y répandre des mauvaises herbes. Révéler un secret sous la pression peut ouvrir une brèche pénible dans ses remparts…

Partager un secret peut avoir des conséquences pénibles, autant qu’il peut vous décharger d’un fardeau.

A vous donc de décider, sans vous justifier, de ce qui est du domaine public, du public restreint et du domaine privé.

Du coup, bien entendu, répondez aux questions ci-dessous pour vous-même et sans le partager!

Et vous, quelle valeur accordez-vous à votre jardin secret?

Qu’y a-t-il dans votre jardin secret?

Quels sont les silences qui l’alourdissent?

Quels sont les silences qui l’embellissent?

Qu’y a-t-il dans les placards que vous préférez laisser fermés?

Certaines personnes ont besoin que leur jardin secret soit concret, sous la forme par exemple d’une pièce bien à elles, à laquelle personne d’autre n’a accès. Si c’est votre cas, n’hésitez pas!

Vous avez du mal à faire respecter votre jardin secret vis à vis d’un conjoint un tantinet intrusif?

Apprenez à définir vos limites, à exprimer ce que vous ressentez et à faire une demande assertive.

Mini coaching: accepter le jardin secret des autres

Nous avons tous un jardin secret, et proclamer ne rien cacher à un conjoint est certainement un tout petit peu éloigné de la vérité. Ceci dit, certains ont tendance à attendre de l’autre une transparence qui dépasse ce que ce dernier veut donner. Si vous en faites partie, vous pouvez exiger tout ce que vous voulez: les conséquences pour votre relations risquent d’être un brin désagréables.

Profitez-en plutôt pour en apprendre davantage sur vous-même et sur vos craintes, et voir ce que vous pouvez faire pour vivre plus en harmonie avec vous-même et les autres.

Dans quelle mesure avez-vous du mal à accepter le jardin secret de l’autre.

Qu’est-ce qui vous en empêche?

Que craignez-vous?

Qu’est-ce que ça vous dit sur vous-même?

De quoi avez-vous besoin?

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Pour développer des relations à vous-mêmes et aux autres qui vous permettent de vivre en cohérence avec vos valeurs et vos envies, d’être suffisamment authentique pour développer le jardin secret et le domaine public qui vous conviennent, Ithaque vous propose le coaching relationnel

Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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9 Comments

  • philippe dit :

    Bah tu dis rien comme ça t’es certain….et tu deviens le personnage mystérieux que tu as toujours rêvé d’être, bref moins on en dit, mieux on se porte…

  • La je ne pouvais pas rater le commentaire, le jeux de mot etait trop tentant 🙂

    En tant que cultivateur de jardin secret moi meme (oui j’ai osé 🙂 je dois dire que non je ne dis pas tout et je ne prefere pas tout savoir. D’une part sincerement je ne suis pas doué pour enoncer les verites, je suis direct et ca me joue souvent des tours…donc je prefere passer sous silence certaines choses. Attention cependant au retour de baton car parfois certaines personnes s’etonnent car jamais elles ne m’ont entendu etre sec et quand ca sort les gens en question se retrouvent desempares.

    Je prefere aussi ne pas tout savoir pour la bonne et simple raison que j’applique l’adage “pour vivre heureux vivons caché”. Pas tres developpement personnel tout ca mais c’est aussi pour cela que je dis souvent “en l’etat actuel de mes connaissances” je devrais rajouter “en l’etat actuel de mes experiences” 🙂

    Merci beaucoup pour cet article sympa

    Mohamed Semeunacte

  • fredheas dit :

    Le jardin secret ou l’Art de poser des limites autour!

    Bel article une fois de plus @Sylvaine et excellente journée à toi! 😉

  • Cloudy dit :

    Un bel article encore une fois qui me parle.

    Oui il y a une tentation à savoir, parfois l’envie de tout savoir… mais c’est oublier l’autre en effet, c’est le nier un peu.

    Une relation est riche aussi de ces espaces qui permettent des respirations, d’être une individualité dans un couple, qui se respecte et s’autorise à être. Tout simplement…

    Merci pour la réflexion que cela m’apporte (encore une fois)

  • Un jardin secret c’est vital : il faut cultiver le sien et respecter celui des autres. Attention néanmoins à sa taille, car lorsqu’il est trop grand, ce n’est plus un jardin, mais un champ et tous les champs ont une clé, c’est bien connu !

  • Koolter dit :

    Interessante l’idée du jardin secret avec différentes zones d’accès.

  • salim dit :

    cher Monsieur

    je vous invite à découvrire notre produit sur les jardins pour bien cultuver votre jardin

    entrez dans notre site :

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    Mes meilleurs salutations

  • Petite fleur dit :

    Bonjour… Moi c’est l’inverse… Je ne vois aucun intérêt à avoir un jardin secret. Oui, si cela pourrait blesser l’autre, mais c’est le seul cas. Pour le reste, je trouve agréable de partager ce que je ressens/pense sur absolument tous sujets… J’ai peur de trop en dire et de devenir trop prévisible, mais c’est ma nature. Que faire pour savoir ce qu’il ne faut pas dire, les sujets à garder pour soi pour entretenir le mystère ? Moi je m’en fiche de garder des choses pour moi, j’assume généralement tout ce que je pense, sans jugement aucun sur le jardin secret de mon homme (ça, c’est son affaire). Mon problème, c’est plutôt que ce n’est pas évident pour moi de “rester mystérieuse”. 🙁 un conseil à ce sujet sachant que ce n’est pas sur mes limites que je peux me baser et que ma super transparence peut faire fuir un compagnon ?

    • Bonjour petite fleur,
      Je ne crois pas qu’il faille garder des sujets pour soi dans le but d’entretenir un mystère. Je ne crois pas qu’il y ait des choses qu’il “ne faut pas dire”. Je crois qu’on garde ce qu’on a envie de garder et qu’on partage ce qu’on a envie de partager. Si la super transparence fait fuir un compagnon, peut-être qu’il ne faisait pas partie des bons compagnons pour vous. Si la super transparence fait fuir beaucoup de compagnons, alors elle devient problème et a peut-être besoin d’être analysée en profondeur pour comprendre à quel moment elle devient “trop” et réflechir à comment vous y prendre à la place. Peut-être avec l’aide d’un psy?

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