Bienfaits et limites de l’auto coaching

 

Ce serait épatant s’il suffisait d’ouvrir un livre et/ou de se poser quelques questions générales pour trouver des solutions adéquates afin de surmonter nos difficultés et de réaliser tous nos projets? Mes lecteurs le disent, les outils ne sont pas toujours faciles à mettre en place. Dans quelle mesure l’auto coaching est-il réellement efficace?

 

 

Auto coaching: des pour et des contres

L’auto-coaching, c’est un peu le mooc du travail sur soi, puisque c’est le fait d’appliquer seul(e) sur soi-même des outils prêts à l’emploi et des questionnements issus des techniques du coaching, tels qu’on peut les trouver dans les livres ou sur Internet. Des sites de pus en plus nombreux proposent des méthodes d’auto-coaching, souvent thématiques, censées permettre d’atteindre toutes sortes d’objectifs personnels et/ou professionnels. Ces produits ont sans doute une vertu: rendre plus abordables qu’un coaching des outils auxquels certains n’auraient pas accès. Dans quelle mesure l’auto-coaching est-il réellement efficace?

 

Des pour et des contres

Selon Jean Doridot, auteur du Petit manuel d’auto coaching, les exercices d’auto coaching “peuvent servir de préliminaire, de complément ou faire suite à un coaching. (…) L’avantage d’une pratique personnelle, en plus du rythme qui s’adapte à chacun, est de développer l’autonomie et de stimuler la notion de travail personnel.”

Pour Jane Turner, coach et auteur de nombreux livres de développement personnel, “la personne qui nous accompagne en permanence, c’est nous-même. Il est possible d’avancer seul à l’aide d’un livre. En lisant, on s’entend parler, c’est déjà une prise de recul, une distanciation, une mise en perspective.”

Suzel Gaborit-Stiffel, de la SFcoach, n’est pas de cet avis: “Ces livres peuvent être utiles pour clarifier sa compréhension du coaching, apprendre à choisir un bon coach, connaître les techniques particulières, se poser des questions. Toutefois, il ne faut pas confondre conseil et coaching. Ce dernier nécessite un accompagnement extérieur, un regard neutre. Parler d’auto-coaching revient à dire qu’il est possible de voir derrière son propre dos”.

 

Complément oui, remplacement non?

Au final, tous s’accordent à dire que s’il a des bénéfices, l’auto coaching ne remplace pas l’accompagnement par un professionnel. Et si régulièrement les articles du blog d’Ithaque proposent des questions d’auto coaching, c’est bien pour vous proposer une perspective différente, vous donner des pistes de réflexion sur vous-même et vous donner une idée de ce qui peut se passer lors d’un véritable coaching. Pas pour prétendre vous donner les clés de la concrétisation de vos objectifs professionnels en un billet et trois questions.

Bien entendu certains se satisferont pleinement des résultats de leur auto coaching car ils seront parvenus sans emcombre à atteindre leur objectif. En même temps, quand on travaille seul à atteindre ses objectifs, on peut rencontrer certains obstacles, qui sont les limites mêmes de l’auto coaching

 

 

Limites de l’auto coaching

Cette liste n’est pas exhaustive, cependant elle vous donnera une idée des mécanismes inconscients qui peuvent s’opérer dans l’auto coaching et être autant d’entraves à l’auto-objectivation, donc à notre développement personnel ou à notre évolution professionnelle.

 

La résistance

Lorsqu’on travaille seul(e) sur/avec soi-même, il est particulièrement difficile de repérer les moments où nous rentrons en résistance, c’est-à-dire les moments où l’on touche, par exemple, à quelque chose dont la charge émotionnelle est élevée et qui fait que non, décidément, cette porte-là, nous ne la pousserons pas. Nous développons alors des trésors d’inventivité pour élaborer des stratégies d’évitement pas très conscientes qui parviennent à nous tromper nous-mêmes: nous ne nous apercevons même pas que nous résistons à l’exploration d’une solution, par exemple.

 

La main sur le frein

Imaginons un conducteur qui parviendrait à se concentrer tellement sur autre chose qu’il ne verrait même pas qu’il a oublié de desserrer le frein à main. Cela ne l’empêchera peut-être pas complètement d’avancer, mais ça gênera certainement la bonne marche de sa bagnole, ça lui coûtera beaucoup d’énergie et au bout d’un moment, ça risque d’essouffler franchement son moteur. Cette main sur le frein, ce sont les entraves auxquelles nous sommes aveugles, par habitude, par programmation. Voir par exemple

 

Les lunettes déformantes

Nous pouvons avoir une image déformée de nous-mêmes, cette sorte de petit arrangement qui nous permet de ne pas voir ce que nous n’avons pas envie de voir. Ainsi nous pouvons augmenter ou diminuer l’ampleur réelle d’une caractéristique, de façon à correspondre à l’image que nous avons de nous-mêmes, ou que nous voulons avoir ou entretenir, en fonction des croyances qui nous ont été transmises. Nous pouvons ainsi nous retrouver par exemple dans des mécanismes de survalorisation ou de dévalorisation en ayant l’impression d’être parfaitement objectifs. C’est valable aussi pour nos comportements, nos réactions émotionnelles, nos relations. Sans le miroir de l’autre, comment ôter ces lunettes dont nous n’avons pas conscience et cesser de perpétrer les mêmes schémas, les mêmes comportements, les mêmes façons de penser pour mettre en place autre chose? Voir

 

Tourner en rond

Quand nous réfléchissons à nos préoccupations, qu’il s’agisse de problèmes ou de nos ambitions et projets, nous avons tendance à réfléchir toujours de la même manière, parce que nous plaquons à chaque fois nos filtres, nos opinions, nos convictions, nos mécanismes, nos connaissances etc. et face à un obstacle, nous nous retrouvons assez facilement à tourner joyeusement en rond, à nous décourager et/ou à conclure avec une certitude le plus souvent erronée: il n’y a pas de solution.
Ainsi, un client m’explique l’autre jour qu’il est impossible de faire le deuil d’une situation professionnelle perdue: cette généralisation vient tout simplement du fait qu’il n’est pas parvenu à le faire par lui-même, en tout cas jusqu’à présent. C’est l’avantage d’un oeil extérieur qui peut proposer des façons de réfléchir différentes qui offrent des possibilités de sortie de rond-point.


Le placage de solutions toutes faites

Les livres, les sites, les blogs regorgent de recettes toutes faites qui, si elles sont alléchantes par leur bon sens convaincant, leur évidence, ont un défaut majeur : elles ignorent la spécificité de la personne et n’engagent donc que ceux qui les ont mijotées. Quel risque à manger au menu ? Au mieux la déception d’une solution inefficace, au pire la pression auto imposée au travers d’outils inadaptés, la culpabilité de ne pas y arriver. Seule l’appropriation par la personalisation d’un outil entraîne son efficacité. A titre d’exemple: non, se lever tôt le matin n’est pas un outil universel de réussite*.
De même, la limite de l’auto coaching version blog d’Ithaque, sa limite est bel et bien que les questions restent générales. Tout l’art et l’efficacité du coaching résident dans la capacité du coach à orienter ses questions en fonction de ce que dit son client. Voir

 

Les outils mal appliqués

Prenons l’exemple de la demande assertive  ou de la CNV. Il suffit de petites erreurs d’application, comme une justification, pour qu’il perde en efficacité. Or, lorsqu’on débute en la matière, il est fréquent de commettre de petites erreurs d’application. Et il suffit d’un échec pour remettre en question la technique: c’est bien là la preuve qu’elle ne marche pas. L’absence de suivi, de regard extérieur sur l’application entraîne souvent l’abandon rapide, comme on le voit chez les cadres: nombre d’entre eux ont vu la CNV dans des séminaires de leadership/management/communication et aucun ne l’applique.
Prenons l’objectif SMART, qui a l’air simple. Parfois, notre objectif nous tient tellement à coeur que nous avons envie de croire qu’il est, par exemple, tout à fait spécifique alors qu’il reste vague.Voir aussi:

 

L’absence de mise en action

Les prises de conscience, les nouvelles connaissances, si elles ne sont pas suivies de mises en action concrètes destinées à se rapprocher de la situation désirée, ne servent qu’à rien d’autre qu’à l’enrichissement intellectuel – ce qui peut être une fin en soi. Si l’on se découvre un comportement de Victime et qu’on n’y fait rien, les chances de demeurer Victime sont très élevées. Or, quand nous sommes seuls avec nous-mêmes, il nous arrive souvent de préférer céder à d’autres priorités que de mettre en place des actions parfois perçues comme difficiles. En bref, seuls, nous avons plus de mal à sortir de notre zone de confort et à tester des façons de faire différentes de nos habitudes

Il n’est pas rare que des clients qui viennent me voir justement parce qu’ils ont fait des prises de conscience essentielles sur un dysfonctionnement problématique, dont ils peuvent avoir identifié les origines, les circonstances habituelles etc., mais seuls ils n’ont pas trouvé quoi en faire.

 

 

Comment utiliser l’auto coaching?

 

Pour faire quoi?

Pour changer de perspective, se poser des questions qu’on ne se serait pas posées, réfléchir autrement, ébaucher les bilans de situations données, car tout cela favorise les prises de conscience, la compréhension de ses propres mécanismes, la connaissance de soi.
Suivre des méthodologies expliquées étape par étape, appliquer les conseils et solutions concoctés par des experts peut permettre d’apporter des modifications à nos façons de faire qui auront un réel impact sur notre vie, car l’appropriation et l’auto personnalisation des outils est possible.

 

La fluidité et l’écoute de soi

Ce sont les deux critères qui permettent de rester vigilants et d’éviter de nous imposer les méthodes d’autrui malgré nous. Elles permettent d’évaluer dans quelle mesure nous sommes à l’aise avec une technique. Dès lors que sa mise en place n’est pas fluide et suscite une émotion négative, même légère, c’est que l’outil n’est pas entièrement adapté à nous ou mal utilisé.

 

Eviter la généralisation!

Et du coup, si vous rencontrez des difficultés avec une méthode décrite, si vous n’êtes pas satisfaits des résultats obtenus, cela montre les limites de l’auto coaching, pas du coaching!

 

 

Quand passer au coaching?

Tout simplement quand vous en ressentez l’envie, ou quand ce que l’auto coaching vous apporte n’est pas suffisamment satisfaisant.
En d’autres termes, est mûr pour le coaching celui qui a soif de changements tangibles et mesurables que l’auto coaching ne lui apporte pas, celui qui a décidé qu’il est temps de s’engager dans une démarche d’évolution concrète et entièrement personnalisée qu’il n’a pas envie de mener seul.

 

 

Et vous, que pensez-vous de l’auto coaching?
Que vous apporte-t-il? Quels sont ses bénéfices?
Quelles sont ses limites?

 

* Une étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal a montré qu’il n’y a aucune corrélation entre les habitudes de lever et de coucher et la réussite intellectuelle ou financière.

 

 

 

Publicité

9 Comments

  • fredheas dit :

    Tu as raison @Sylvaine lorsque tu dis que l’auto-choaching ne peut-être qu’un complément à un accompagnement, car malgré les pistes qu’il peut nous proposer pour soi, on n’a pas forcément le recul nécessaire pour pallier les “résistances”!
    Excellente journée à toi et excellent week-endi! 😉

  • D’abord j’ai du mal avec le terme “coaching”, cela recouvre tellement de choses différentes que j’ai du mal à voir ce que cela peut être, et le peu de rencontres que j’ai pu en faire c’était surtout de l’aide au changement où en fait (pour des raisons de temps, d’argent et d’outils) on était plus dans le “comment faire”
    d’un point de vue éthique, c’est donc qq chose avec lequel je n’accroche peu, (comme le relloking : faire rentrer dans une image imposée)

    néanmoins je trouve que la question de cet article est bien posée et les réponses fort justes, au delà du coaching, pourquoi tout livre de thérapie ou tout livre sur une démarche spirituelle ne suffit pas à changer ?

    Les raisons invoquées me semblent tout à fait juste.
    j’y rajotuerai un avis supplémentaire :
    si on prend un bon roman, on le prend, on ne le lâche plus et qqs heures après nous l’avons fini, content, nourri.
    Mais à mon avis un livre qui parle de nos comportements et des possibilités de les changer ne peut être lu de la même manière, et pour certains livres il m’a fallu un an pour les lire. Le temps de lecture n’étant rien,mais le temps d’application étant le plus important.

    Mais néanmoins je crois que parfois on bloque sur ce que ton article appelle les résistances (qu’on pourrait appeler aussi “nos solutions”) et qu’une aide extérieure peut nous obliger à trouver une autre voie (entre autres avec les outlis paradoxaux)

    chaleureusement

    frédéric

  • Manucyan dit :

    Bonsoir,  Merci beacoup pour cette aritlce il m’a été vraiment d’une énorme utilité !  Je me suis exactement reconnu dans “Il n?est pas rare que des clients qui viennent me voir justement parce qu’ils ont fait des prises de conscience essentielles sur un dysfonctionnement problématique, dont ils peuvent avoir identifié les origines, les circonstances habituelles etc., mais seuls ils n?ont pas trouvé quoi en faire.

     

    Il est vrai qu’on a souvent tendance à se dire “je trouverai moi-même je suis assez fort pour ça en plus ça impresionnera tout le monde” et qu’on commence à vraiment se mentir tout en étant dans le brouillard…

  • Patrick dit :

    Ces éclaircissements me permettent de comprendre pourquoi, malgré l’évident bon sens qui se dégage des outils que tu proposes, j’ai parfois du mal à otenir des résultats très satisfaisants. C’est vrai qu’il est difficile d’avoir un regard objectif sur soi-même, et j’ai sans doute des freins vis à vis des émotions. Et-il vrai que les hommes sont moins en phase avec leurs émotions que les femmes?

  • annie dit :

    Bonjour Sylvaine,
    Je suis tout à fait d’accord avec cet article,ayant fait moi-même l’expérience de l’auto-coaching via Ithaque et ensuite le coaching via Sylvaine!!
    J’avais fait un certain travail sur la reconversion professionnelle, et finalement je n’arrivais à rien! les solutions que je m’étais trouvées ne me satisfaisaient pas!
    Lors du coaching,par contre j’ai appris beaucoup de chose sur mon fonctionnement,ce qui m’a permis de mieux vivre au quotidien,et la reconversion!!!! sûrement un jour mais il ya encore du chemin!cependant le but se rapproche!
    Concernant les émotions de l’homme”quelles émotions”????? ,-)
    Il me semble que depuis la nuit des temps,votre cerveau à appris à ne pas avoir d’émotions!mais à agir et à trouver rapidement des solutions pour ramener la nourriture à la grotte!!!   ,-)

  • Barbara dit :

    Bonjour,

    Cet article est assez pertinent et je pense que les outils d’auto-coaching peuvent encore évoluer et être de plus en plus constructifs.

    … Je pense que l’Auto-coaching n’a pas encore dit son dernier mot!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *