Les mains baladeuses: des reconversions professionnelles cousues main

reconversion : des portraits d'artisans au service de la reconversion et de l'artisanat

 

Les hasards heureux des réseaux sociaux m’ont permis de croiser le chemin de Magali Perruchini, qui pour changer de métier a ouvert Les mains baladeuses, magnifique blog consacré aux itinéraires d’artisans qui ont décidé de prendre leur vie en main. Une sorte de mise en abyme de la reconversion au service de la reconversion, mais aussi des désirs d’itinéraires cousus mains et de l’artisanat. Rencontre.

reconversion : des portraits d'artisans au service de la reconversion et de l'artisanat

 

Magalin Perruchini, renconteuse et portraitiste de mains

Vous le savez, chers lecteurs, j’aime les parcours atypiques, les inventeurs de nouveaux métiers et les initiatives au service du bien commun. Alors je suis ravie de vous présenter Magali Perruchni qui cumule les trois!

magali-perruchiniDiplômée en stratégie de communication, Magali Perruchini a exercé en agence avant de revenir à ce qui la fait vibrer : les rencontres et les histoires de vie. Elle lance le blog Les mains baladeuses en 2015 et devient renconteuse et portraitiste de mains, selon ses propres termes que je trouve si jolis.

Son blog est “une fabuleuse excuse pour arpenter les rues, pour “partir en rencontre”, cueillir des sourires, serrer des mains et surtout, raconter des parcours de vie « fait-main » et des initiatives d’une nouvelle génération d’artisans entrepreneurs en même temps que de valoriser des savoir-faire”, dans le but de partager ces parcours et d’inspirer des candidats à une reconversion professionnelle dans l’artisanat.

Outre le fait qu’il est beau, rédigé d’une belle plume et illustré de photos magnifiques, Les mains baladeuses m’a enthousiasmée à plus d’une titre:

  • Il dépoussière l’image d’Epinal de l’artisan solitaire au fond d’un atelier caverneux et à ce titre, il est salutaire pour tous ceux qui se posent des questions sur une éventuelle reconversion dans l’artisanat: des projets originaux, innovants, mélangeant tradition et modernité, parfois hybrides, à la croisée de compétences et d’aspirations, avec des synergies qui plairaient à Gérard Rapp (Au passage: je veux un café-fleuristerie dans mon quartier pour en faire mon tiers-lieu préféré;).

reconversion: projets hybrides, au confluent de compétences et d'aspirations

  • Il montre le champ immense des possibles et combien l’artisanat offre d’opportunités, au travers de ces professionnels qui se sont libérés des carcans des pseudo “impératifs” professionnels et qui n’ont pas hésité à construire la carrière qu’ils voulaient, en fonction d’eux-mêmes. Chacun d’entre eux est une preuve formidable de la force e notre boussole intérieure, pour peu qu’on accepte de l’écouter.
  • Il est l’histoire passionnante d’une mise en abyme du changement de métier: en racontant des itinéraires de reconversion, c’est son propre changement de métier que Magali a construit, preuve s’il y en avait besoin que c’est en forgeant qu’on devient forgeron et en expérimentant qu’on trouve des voies de reconversions.
  • Il est une démonstration supplémentaire de la force des réseaux sociaux dans le parcours professionnel, dans la mise en valeur d’activités nouvelles ou la création d’entreprise (Magali et moi nous connaissons via les réseaux sociaux).
  • Pour les multipotentiels, il est un exemple d’hybridation heureuse, qui permet de décliner en de multiples activités une source d’intérêt, autant par le parcours de Magali qu’il dessine en arrière-plan, que par les itinéraires racontés.

A tous ceux qui sont titillés par un désir de reconversion, je vous encourage à aller lire ces parcours inspirants, même si vous n’avez qu’un intérêt très mineur pour l’artisanat: ils sont inspirants quant à la possibilité de prendre sa vie en main et de se construire un parcours fait main, loin de l’ordinaire et du clé en main! Et de se libérer ainsi des habitudes prises pour des contraintes et réinventer leur métier de demain;)

Et je suis prête à parier un itinéraire de reconversion contre une brosse à dents que dès lors que vous aurez mis les yeux dans Les mains baladeuses, vous allez l’éplucher dans son intégralité! Alors avant de vous y rendre, je vous propose d’aller rencontrer la recontreuse;)

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Parcours classique et ennui au travail

Magali a 33 ans et habite à Paris. Comme beaucoup d’entre nous, ses études l’ont menée malgré elle vers une vie professionnelle en décalage avec l’idée qu’elle s’en faisait:

“Quand j’étais adolescente je voulais être présentatrice d’émissions de découverte. Pas pour voyager gratuitement ni parce que le métier semble « cool », mais parce que ça me semblait un bon vecteur pour valoriser l’Homme et ce qu’il fait de beau, de bien et de bon. Moi qui me projetais volontiers dans un univers en mouvement, riche de rencontres et de découvertes, je suis devenue sédentaire, vissée sur une chaise, les yeux fixés à un écran d’ordinateur. Je m’ennuyais et j’avais la sensation de vendre mon temps, comme si on louait mon temps de présence. Mes journées et mes actions n’avaient pas de sens et étaient vides. Ce n’est pas tenable sur le long terme. D’autant que c’est désastreux pour le moral et la confiance en soi. J’ai travaillé ainsi pendant plusieurs années en agence de communication à Paris. Jusqu’au jour où j’ai décidé de me lever de ma chaise.”

 

Etre artisan de sa propre vie professionnelle

Magali, quand tu te lèves de ta chaise, tu ne fais pas les choses à moitié: tu as quitté ton emploi et lancé un blog. Peux-tu nous en parler ?

Après avoir quitté mon poste dans la communication, j’ai suivi un coaching en reconversion. Ce parcours accompagné m’a permis de me reconnecter à ce que j’aime dans la vie : les gens et les histoires de vie. Ca faisait déjà de longues années que l’envie de monter un blog était présente. J’avais besoin d’une excuse pour « partir en rencontre ». Mais je dois bien avouer que j’avais peur de me lancer.

Un jour, j’ai pris ma peur par la main et, avec mon appareil photo dans l’autre, je suis partie interviewer ma première rencontre : Thierry Millet, réparateur de parapluies. J’avais le sujet de mon premier article. Je ne pouvais plus reculer.

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L’idée du blog ? Partir à la rencontre d’artisans parisiens ; ceux qui tripotent et baladent leurs mains sur la matière. D’où le nom « Les Mains Baladeuses ». Je présente une galerie de portraits d’une nouvelle génération d’artisans entrepreneurs qui composent aujourd’hui le nouveau visage de l’artisanat français ; une génération qui a décidé de “prendre sa vie en main”.

 

Ce blog, à quelles valeurs répond-il? Quels messages souhaites-tu faire passer ?

En même temps que de valoriser des savoir-faire, je souhaite partager des histoires de vie inspirantes. A travers les portraits, mon intention est de mettre en avant des parcours atypiques et courageux et de transmettre des valeurs qui me sont chères : authenticité, créativité au sens large, optimisme et l’idée d’oser vivre une vie qui nous ressemble. En somme, valoriser l’Homme et ce qu’il construit de positif ; je suis revenue à ce à quoi j’aspirais plus jeune.

Les personnes que je rencontre ont décidé de changer de voie professionnelle après avoir fait le constat d’un certain mal-être. Ils ont senti que leur épanouissement était ailleurs et ils se sont écoutés. Ces artisans reconvertis ont tourné le dos à des statuts valorisants, des salaires confortables, une sécurité rassurante… et parfois, ils ont du faire face à des regards réprobateurs. Leur point commun après avoir sauté le pas ? Ils se disent tous plus heureux. Le message que je souhaite faire passer pourrait se résumer ainsi : inciter les lecteurs à devenir « les artisans de leur vie ».

 

Qu’as-u constaté au fur et à mesure de tes rencontres d’artisans ?

Un directeur marketing devenu mécanicien moto, une docteure en physique devenue origamiste, un banquier devenu fromager… Progressivement, je me suis aperçue que les artisans à qui j’avais l’occasion de serrer la main étaient pour la plupart d’anciens « cols blancs ». Le constat est le suivant : les métiers de l’artisanat attirent, eux qui ont longtemps été délaissés, souvent perçus comme voie de garage pour ceux qui n’ont pas une tête « bien faite ».

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Vous suggérez que le retour vers l’artisanat pourrait être le reflet d’un changement sociétal : lequel et pourquoi ?

On parle beaucoup en ce moment de « made in France » et de « fait-main ». Plus qu’une tendance, il me semble que le retour au fait-main est le reflet d’un nouveau mode de vie, le signal faible d’un changement des mentalités. Nous sommes nombreux à avoir poursuivi de longues études pour avoir « un bon travail » et « un bon salaire ». Une fois sur le marché du travail, la désillusion prend le pas sur les promesses. Soit les offres d’emploi ne sont pas au rendez-vous, soit la vie en entreprise laisse place aux déconvenues. Entre les symptômes de « burn-out », « bore-out » et l’exercice de « bullshit jobs » sur fond de crise économique, une nouvelle génération revisite les règles du jeu. Leurs aspirations ? L’autonomie, le besoin de créer du concret et la quête de sens.

La recherche de la qualité de vie a remplacé celle de la réussite financière et le sentiment de liberté a supplanté la sécurité d’un emploi en CDI. Voici ce que me disait Fred Jourden, préparateur motos de Blitz Motorcycles :

“La liberté, ça rend heureux. Je l’ai trouvée en travaillant de mes mains.”

Parallèlement, les consommateurs sont à la recherche de produits authentiques, qui racontent une histoire et qui soient pérennes. Nous sommes de plus en plus nombreux à remettre en cause notre manière de consommer, et nous sommes prêts à consommer moins mais mieux, conscients de l’impact de nos choix d’achat. La céramiste Pia Van Peteghem me confiait ceci lors de notre rencontre:

“Malheureusement c’est encore un luxe de pouvoir consommer différemment. Mais je remarque que les gens recherchent des objets authentiques. On revient à des matières plus naturelles guidé par un besoin de consommer plus intelligent et plus sensible.”

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On a longtemps fait la différence entre métiers intellectuels et métiers manuels. Qu’en pense-tu ?

Les artisans que je rencontre sont tous des entrepreneurs ; ils ont monté crée une entreprise, lancé une marque. Non seulement ils fabriquent des produits de leurs mains, mais ils gèrent la communication, la comptabilité, la relation clientèle et tout les aspects administratifs. Aujourd’hui, les « nouveaux artisans » possèdent à la fois le savoir-faire et le faire-savoir. Preuve qu’il n’y a pas de dichotomie entre métiers artisanaux et métiers intellectuels !

 

Changer de métier: devenir l’artisan de sa propre vie

Mettre en valeur des portraits de reconvertis, c’est un peu une mise en abyme de ton propre parcours ?

On peut dire que oui dans la mesure où j’ai moi-même quitté un emploi qui m’apportait la sécurité pour prendre le risque de me lancer dans une nouvelle aventure professionnelle. J’ai moi aussi fait le choix de quitter un travail en entreprise qui ne me convenait pas pour vivre de ce qui me fait vibrer : rencontrer des gens et raconter des histoires.

Sauf que mes mains, je les utilise pour écrire et pour prendre des photos ! Mais, je deviens l’artisan de ma propre vie. Les histoires de vie que je raconte dans le cadre du blog ont pour vocation d’inspirer les lecteurs et de leur montrer qu’il est possible de « prendre sa vie en main » même si le chemin peut-être ardu. J’en puise moi-même des enseignements et du courage pour avancer.

 

Les mains baladeuses s’est révélé être un tremplin pour d’autres activités et projets. Une carrière peut aussi se dessiner, à la main, au gré des expérimentations ?

Les Mains Baladeuses m’a effectivement permis de développer d’autres projets:

– Je suis contactée par des entreprises pour prendre des portraits de mains d’employés qui exercent un métier manuel

– J’ai créé une conférence-atelier sur la thématique “comment devenir l’artisan de sa propre vie ?”

– Je collabore à la rubrique « portraits » du magazine Psychologie positive, etc.

J’ai réalisé plusieurs rêves depuis que j’ai lancé le blog et notamment celui que j’avais adolescente. En juin dernier, je suis partie avec mon acolyte Lucile Grémion, sur les routes de France pour un reportage itinérant à la rencontre de 12 artisans « nouvelle génération ». Une aventure humaine de 5600km au volant… d’une 4L !

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Quel conseil donnerais-tu à ceux qui réfléchissent à une reconversion?

Quand on se lance sur un nouveau chemin de vie, on ne voit peut-être pas très clairement la destination. On a la sensation de marcher sur un fil. Mais il faut accepter de ne pas tout maîtriser, d’avancer à tâtons, d’expérimenter. Mais comme le disait si bien François Truffaut « La vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». Ca vaut le coup de lui faire confiance.

 

Quel est le prochain rêve que « Les Mains Baladeuses » pourrait te conduire à réaliser ?

Je rêve d’écrire un ouvrage sur les artisans parisiens !

Je rajoute donc: A bon éditeur, salut;)

 

 

Toutes les photos sont la propriété de Les mains baladeuses, publiées avec leur aimable autorisation.

 

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Aller plus loin

Vous réfléchissez à la possibilité d’une reconversion? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual

 

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