|
A lire absolument, cet article passionnant sur le livre de Michela Marzano, Extension du domaine de manipulation, qui dénonce le développement des techniques manipulatoires dans les méthodes managériales.
Si elle reconnaît que le travail participe de la satisfaction du besoin
de reconnaissance ou de la construction de l’identité, la philosophe estime que la réalité pénible du travail suffit à légitimer les revendications syndicales. PLutôt rafraîchissant, à
une époque où on nous assène plutôt le contraire... |
|
Ce élément m’a interpelée parce que lors d'échanges par mail, Valérie, commentatrice régulière sur le blog d’Ithaque, qui est cadre dans un grand groupe, avait identifié l'utilisation détestable de termes socialement corrects et mensongers comme un moyen de pression. A l'évidence, les managers, s'ils sont impuissants contre la machine, ne sont pas dupes de ces mécanismes. Et si ce détournement de sens n’est pas nouveau, il est grand temps de le dénoncer…
Et c’est ce que fait Michela Marzano :
« Brosser les subjectivités dans le sens du poil, créer une dépendance supposée de nature entre l'épaisseur de l'être et l'investissement au travail est pour le management le meilleur moyen de persuader le salarié qu'il fait ce qu'il veut, ce qu'il désire et qu'il réalise ce qu'il est, alors qu'il ne ploie qu'à l'unique intérêt du groupe et de l'entreprise. »
Je continue à citer, car le résumé parle de lui-même :
« à l'obligation par le bâton s'est ainsi substituée l'intériorisation des
responsabilités, à la force et la contrainte l'art de persuader, au mensonge la flatterie sournoise. Les conséquences n'en sont pas moins dramatiques et profondes pour la santé psychologique
de l'employé. Nulle raison de forcer quand il est préférable de manipuler. Le patron n'a plus le sourcil froncé et la réprimande sévère ; le salarié ne souffre plus d'ecchymoses ni
d'inhumanités flagrantes. Mais le dessein que cache le costume cintré, le sourire ultra-bright du manager et les "chartes éthiques", si
fièrement exposées, n'en sont pas moins cyniques et mercantiles (productivité, rendement, etc.). Et à l'auteur de dénoncer cette escroquerie morale, économiquement fiable, qui culpabilise et
transforme le salarié, poussé par le groupe, en son propre tyran. »
Tout ceci vient compléter le propos de Michel Le Moal, que nous avions vu dans la brève du stress la nécessité du traitement des
causes. C'est bien la nature des facteurs de
stress qui a évolué, et peut-être même qu'au final, ils sont plus dangereux qu'auparavent car plus sournois, plus insidieux. Ca fait froid dans le dos...
Voir aussi
Brèves du stress
Les dossiers d'Ithaque: Stress, la coexistence pacifique
![]()
|
|
|